I. Généralités
Les manifestations allergiques les plus connues sont la rhinite allergique,
la dermatite atopique, le choc anaphylactique, les allergies alimentaires et
lasthme. Ces pathologies sont caractérisées par une production
dIgE spécifiques de l'allergène et le développement
dune réaction inflammatoire.
Chez un patient sensibilisé, la réaction inflammatoire pulmonaire se présente en deux phases (figure 1):

- Une réaction immédiate caractérisée par
lapparition, dans les 20 premières minutes qui suivent lexposition
à lallergène, dune obstruction bronchique marquée
par un spasme du muscle lisse bronchique, une sécrétion de mucus,
et un dème du chorion. L'allergène active les mastocytes
et les basophiles luminaux ou intra-épithéliaux via les IgE de
membrane, entraînant la libération du contenu de leurs granules
intracellulaires (molécules vaso-actives ou chimiotactiques, et cytokines
[Pujol, 1987] aboutissant au déclenchement de la réaction allergique.
Les médiateurs vaso-actifs (PGD2, LTC4/D4/E4) augmentent la perméabilité
de la barrière épithéliale, permettant daccroître
le passage des allergènes dans la sous-muqueuse, et induisent une vasodilatation.
- La réaction retardée apparaît plusieurs heures (4 à 6 heures) après l'exposition à l'allergène. Elle est essentiellement liée à une inflammation de la muqueuse due aux éosinophiles et à d'autres cellules, parmi lesquelles les lymphocytes et les macrophages, attirés par des facteurs chimiotactiques. Ces cellules libèrent à leur tour des substances cytotoxiques comme les protéines des granules de l'éosinophile (MBP et ECP) [Gleich, 1990], responsables de la destruction de l'épithélium et entraînant une inflammation de la sous-muqueuse diminuant le diamètre des voies aériennes. Les sous-populations lymphocytaires activées lors de cette phase présentent un profil particulier de production de cytokines (dit de type 2), et sont responsables du recrutement de cellules dites effectrices.
L'asthme est défini comme une pathologie inflammatoire des voies aériennes. Sur le plan clinique, chez des individus susceptibles, cette inflammation est responsable des épisodes de dyspnée sifflante, variable, récidivante [Commitee ATS, 1962], associée à une constriction des bronches. Ces symptômes sont au moins partiellement réversibles soit spontanément, soit avec un traitement. L'inflammation peut également causer une augmentation associée de la réactivité des voies aériennes à une variété de stimuli (Global Initiative for Asthma,95). Chez ces patients atteints d'asthme, ces stimuli peuvent être extrinsèques (allergènes) ou intrinsèques, et sont responsables de la diminution du diamètre des voies aériennes.
En 1995, l'OMS le définit comme :
- Une inflammation polymorphe [Beasley, 1989] des voies aériennes caractérisée par une augmentation du nombre d'éosinophiles [Bousquet, 1990] de cellules T, de mastocytes et de neutrophiles au niveau de la muqueuse pulmonaire, et par une desquamation de lépithélium pulmonaire. Cette inflammation des voies aériennes est généralement présente à un stade précoce de la maladie. Une inflammation chronique est associée à un remodelage des voies respiratoires conduisant à une réépithélialisation, une fibrose sub-épithéliale, une hypertrophie des muscles lisses et une prolifération des glandes submucosales.
- Une obstruction bronchique : l'arrivée d'air chez ces patients asthmatiques est limitée par une contraction des muscles lisses, un oedème sous-muqueux et une accumulation de mucus.
- Le développement d'une hyperréactivité bronchique (HRB) non spécifique causée par une grande variété de mécanismes associés à l'inflammation des voies aériennes.
La réaction inflammatoire est une cascade d'interactions entre les cytokines et des médiateurs inflammatoires libérés par les éosinophiles, les basophiles, les mastocytes et parfois les neutrophiles ou les cellules de structure des voies aériennes comme les cellules épithéliales et les fibroblastes.
II. La réaction inflammatoire allergique
1. Rôle de l'allergène
Les pathologies allergiques de type 1 sont le résultat de laction
complexe dallergènes associée ou non à des facteurs
non spécifiques tels que des infections ou la pollution atmosphérique,
et dune prédisposition génétique qui conduisent à
une hyperréactivité immunologique et à une inflammation
allergique. Il est clairement établi que la reconnaissance des allergènes
par les IgE est une étape clé de la réaction allergique
spécifique.
Le complexe allergène-IgE se fixe au récepteur de haute affinité pour l'IgE (FceRI) sur des cellules effectrices comme le mastocyte induisant la libération de médiateurs participant à l'établissement de la réaction inflammatoire allergique [Sutton and Gould, 1993].
Les principaux allergènes incriminés dans lasthme allergique sont soit perannuels comme ceux provenant danimaux de lieux dhabitation confinés (cest le cas des acariens de la poussière de maison, des animaux dintérieur, ou des blattes), soit saisonniers tels les pollens ou certaines moisissures, et sont dépendants de l'environnement géographique (e.g. pollen de cèdre au Japon, pollen de bouleau en Europe septentrionale, ou encore Ambroisie en Amérique du Nord).
Parmi les allergènes responsables des manifestations allergiques respiratoires, les acariens sont primordiaux. En effet, plus de 30 millions de sujets sont sensibles aux acariens dans le monde [Platts-Mills, 1991]. En France, 60 à 75% des asthmes allergiques perannuels sont en relation avec une sensibilisation aux acariens.
Les allergènes dacariens de la famille des Pyroglyphidae (17 genres et 47 espèces) sont les responsables essentiels de lallergie à la poussière de maison. Le genre Dermatophagoides est surtout rencontré en Europe, au Japon et en Amérique du Nord. Parmi ceux-ci les espèces Dermatophagoides pteronyssinus (Dpt) et farinae (Df) sont les plus fréquentes en Europe.
Ils représentent une source complexe dantigènes et dallergènes [Krilis, 1984; Arlian, 1987]. La caractérisation des principaux allergènes majeurs a permis de préciser les séquences liant les anticorps disotype IgE, et dapprofondir nos connaissances sur les mécanismes immunologiques susceptibles dintervenir au cours de lallergie aux acariens [Pestel, 1995].
a. Les principaux allergènes de Dermatophagoides pteronyssinus (Dpt)
Une trentaine de molécules allergéniques isolées de Dermatophagoides,
et caractérisées par leur poids moléculaire (PM), sont
reconnues par des IgE présentes dans les sérums de patients allergiques
à Dpt [Baldo, 1991].
4 classes dallergènes sont actuellement décrites :
Il existe enfin sept autres allergènes de Dpt (Der p 5 à Derp 11), qui sont reconnus moins fréquemment par les sérums dallergiques aux acariens de type Dermatophagoides.

b. Un allergène majeur de Dpt : Der p 1
Der p 1, un allergène majeur de Dpt, peut être reconnu par plus
de 75% des IgE sériques de patients atteints dasthme, de rhinite,
ou de dermatite atopique [Chapman and Platts-Mills, 1980]. De plus, les taux
dIgE anti-Der p 1 sont corrélés aux valeurs de RAST anti-Dpt
[Didierlaurent and Garcelon, 1991].
Lobtention de Der p 1 recombinant a facilité les études ultérieures sur sa caractérisation et sur ses effets dans la réponse allergique [Chua, 1992] [Greene, 1991] [Greene and Thomas, 1992].
Der p 1 est une glycoprotéine de 222 acides aminés (AA), de 25.371 kD, présentant 4 ponts disulfures intrachaîne. Elle possède une forte homologie de séquence avec des cystéine-protéases animales et végétales telles que la papaïne (30%) ou les cathépsines humaines H et B (26% et 21%) [Chua, 1988]. Enfin, Der p 1 est présent à fortes concentrations dans les déjections des acariens (<10 mg/ml) [Platts-Mills, 1987].
Ainsi lAssociation Internationale dAllergie et dImmunologie Clinique a proposé quun taux de 2 à 10 µg de Der p 1 (ou de Der f 1) par gramme de poussière de maison soit considéré comme un facteur de risque pour la sensibilisation et le développement dun asthme, et que des concentrations supérieures à 10 µg/g de ces allergènes soient considérées comme risque majeur pour le développement dun asthme aigu par les patients allergiques à la poussière de maison [Dust mite Task Force of International Association of Allergy and Clinical Immunology, 1989]. Il semble qu'il existe une forte association entre la sensibilité (tests cutanés positifs, et présence dIgE dans les sérums) à la poussière de maison et la présence de Der p 1 dans lair de la maison [Price, 1990]. En effet, bien que la sensibilisation à un allergène puisse se déclarer à tout âge, lexposition précoce à cet allergène (en particulier pendant la petite enfance) augmente le risque de développer un asthme ultérieurement. Ainsi, dans une étude portant sur 67 nouveau-nés, lexposition à Der p 1 durant la petite enfance (à des niveaux de lordre de 10µg/g de poussière de maison) a été associée à un risque 4,8 fois plus élevé de développer un asthme à lâge de 11 ans [Sporik, 1990].
c. Rôle de Der p 1 dans la réaction inflammatoire
allergique
Plusieurs études ont pu souligner le rôle potentiel de Der p 1
dans linduction de la réaction inflammatoire allergique de par
son action dune part sur les cellules épithéliales pulmonaires,
et dautre part sur les lymphocytes.
Lincubation de cellules épithéliales bronchiques humaines (BEAS) avec du Der p 1 augmente leur production de cytokines (IL-6, IL-8, GM-CSF). Leffet induit par lallergène est aboli en présence de linhibiteur spécifique des cystéine protéases, E64 [King, 1998]. De plus, de par son activité enzymatique, Der p 1 augmente la perméabilité des cellules épithéliales en altèrant les jonctions serrées [Wan, 1999]. Cela permet alors une pénétration de lallergène, et donc sa présentation ultérieure aux cellules de limmunité.
En présence de Der p 1, des clones lymphocytaires CD4+ spécifiques de Der p 1 peuvent proliférer, et produire de lIL-2, mais également des cytokines de type Th2 comme lIL-4 et lIL-5 [Yssel, 1992b]. Der p 1 peut également favoriser la réponse IgE dune part en clivant le récepteur de basse affinité pour lIgE (CD23) à la surface des lymphocytes B [Chua, 1988], générant la production de CD23 soluble qui augmente directement la synthèse dIgE [Hewitt, 1995]. De plus, Der p 1 est capable de cliver la chaîne a du récepteur à lIL-2 (CD25) des lymphocytes T du sang périphérique [Schulz, 1998], entrainant une diminution de la prolifération des cellules Th1 ainsi quune baisse de sécrétion dIFN-g, favorisant ainsi un microenvironnement pro-Th2.
Enfin, in vivo, limmunisation de souris avec Der p 1 induit une augmentation significative de la production dIgE totales et spécifiques qui est associée à lactivité enzymatique de lallergène [Gough, 1999].

2. La réponse IgE
Les immunoglobulines de type E (IgE) spécifiques de lallergène
peuvent se lier à leurs récepteurs de haute affinité (FceRI)
sur les mastocytes, les basophiles et les cellules dendritiques, et jouent un
rôle important dans la réaction allergique immédiate en
permettant la libération de médiateurs solubles tels que l'histamine,
les leucotriènes et diverses cytokines [Kinet, 1989]. Si la demi-vie
des IgE libres est courte (quelques jours), les mastocytes peuvent rester sensibilisés
durant des mois, car leur liaison au FceRI les protégent de l'action
des protéases sériques.
Il existe un second récepteur pour les IgE. Il est dit de faible affinité (FceRII ou CD23), et est exprimé par les lymphocytes T et B, les monocytes/macrophages, les éosinophiles et les plaquettes [Capron, 1986] [Spiegelberg, 1981]. Le CD23, comme le FceRI, jouerait un rôle important de présentation des allergènes aux cellules T. Ceci a pu être montré dans des modèles murins de réaction allergique où la neutralisation de lIgE, avec des anticorps ne provoquant pas de réactions anaphylactiques, diminue significativement léosinophilie pulmonaire, et la production de cytokines Th2 [Coyle, 1996b].
Les lymphocytes B peuvent produire différents isotypes de chaîne lourde d'immunoglobulines (Ig). Ce phénomène (appelé commutation isotypique) permet à un seul clone B de produire des anticorps ayant la même spécificité de reconnaissance de l'antigène, mais ayant des fonctions effectrices différentes. Après interaction spécifique avec lallergène, les lymphocytes B vont interagir avec les lymphocytes T helper CD4+ (eux mêmes activés par les APC), être activés et opèrer une commutation de la synthèse dIg de lisotype M vers lisotype E. La commutation vers l'isotype E est sous la dépendance de deux signaux : la sécrétion d'IL-4 dans le microenvironnement et l'engagement du CD40 des cellules B par le CD40Ligand des cellules T [Vercelli, 1995] (Figure 2).

3. Les cellules importantes dans la réaction inflammatoire allergique
L'inflammation des voies aériennes chez les patients asthmatiques est
caractérisée par une augmentation du nombre de lymphocytes T activés,
d'éosinophiles, de mastocytes, de macrophages et parfois de neutrophiles
dans la muqueuse, ainsi qu'un épaississement de la membrane basale [Bousquet,
1990] [Djukanovic, 1990] [Azzawi, 1990]. La persistance de linflammation
conduit à un remodelage des voies aériennes caractérisé
par un épaississement des parois des voies aériennes, une fibrose
sub-épithéliale, une hyperplasie des myocytes et des myofibroblastes
[Elias, 2000] [Homer and Elias, 2000].
a. Les mastocytes
Les mastocytes jouent un rôle important dans lasthme. Ils sont localisés
au niveau de la sous-muqueuse des voies aériennes , à linterface
entre les environnements extérieur et intérieur, ce qui leur permet
de répondre rapidement aux stimuli par une sécrétion de
cytokines et de médiateurs. Ils sécrètent des médiateurs
préformés ou nouvellement synthétisés en réponse
à des stimuli environnementaux, en particulier les allergènes.
La fixation de ces allergènes au récepteur de forte affinité
pour lIgE (FceRI) exprimé par le mastocyte induit une libération
rapide de cytokines, chimiokines et facteurs de croissance [Costa, 1998]. Les
mastocytes sont une source importante de protéases telles que la tryptase
ou la chymase [Walls, 1998] capables dactiver les cellules épithéliales,
endothéliales, et les fibroblastes via les PAR (Protease Activated Receptors)
[Hon, 1998]. De plus, le TNF-a sécrété
par les mastocytes activés [Ohkawara, 1992], stimule le TNF-aR1
à la surface de ces cellules de façon autocrine augmente leur
sécrétion de médiateurs par un mécanisme faisant
intervenir NF-kB [Coward, 1998].
b. Les neutrophiles
Les neutrophiles sont les premières cellules à infiltrer le poumon
après une exposition à un allergène [Teran, 1995]. Contrairement
aux éosinophiles, cet afflux de neutrophiles nest que transitoire,
ce qui laisse suggérer une apoptose importante dans la régulation
du nombre de neutrophiles dans les voies aériennes. Dans les sécrétions
de patients présentant un asthme aigu, les neutrophiles prédominent
plus fréquemment que les éosinophiles [Fahy, 1995], même
en labsence de tout épisode infectieux [Lamblin, 1998].
Les neutrophiles produisent une grande variété de produits incluant des lipides (les leucotriènes LTA4 et LTB4, PAF), des cytokines (IL-1b, IL-6, IL-8, TNF-a), des protéases (élastase, MMP9), des dérivés oxygénés (H2O2).
Lorsque les neutrophiles sont au contact des cellules de structures des voies aériennes, les leucotriènes LTA4 sont convertis en LTB4, un puissant bronchoconstricteur [Sala, 1997]. Le LTB4 est chimiotactique pour les neutrophiles, les éosinophiles et les monocytes. En activant le NF-kB [Stankova and Rola-Pleszczynski, 1992], il induit la synthèse dIL-5, dIL-6 et dIL-8 [Yamaoka and Kolb, 1993] et augmente la production dIgE par les cellules B [Yamaoka, 1994].
Lélastase a une action sur lépithélium pulmonaire : elle induit la production de mucus, réduit la fréquence des battement des cils et induit la libération dIL-8 et dautres cytokines. Enfin, lélastase dégrade les cellules endothéliales en favorisant leur apoptose, et active les mastocytes et les éosinophiles.
c. Les éosinophiles
Dans l'asthme, la persistance d'éosinophiles au niveau de la muqueuse
des voies aériennes fait intervenir plusieurs facteurs. Elle pourrait
résulter de la sécrétion de cytokines par les cellules
Th2 activées. Il a été montré que outre les cellules
Th2 et une production d'IL-5, léotaxine possède un pouvoir
chimiotactique très puissant sur les éosinophiles [Ponath, 1996]
[Garcia-Zepeda, 1996]. Une source importante déotaxine est le fibroblaste
[Terada, 2000] [Teran, 1999] [Minshall and Hamid, 2000] bien que d'autres populations
cellulaires telles que le macrophage, léosinophile, le mastocyte,
les cellules T ainsi que les cellules musculaires lisses des voies aériennes
peuvent également en produire [Ghaffar, 1999]. Des quantités importantes
déotaxine peuvent être détectées dans les voies
aériennes de patients souffrant d'asthme [Lamkhioued, 1997] [Taha, 1999]
mais son rôle exact dans les situations allergiques restent encore a clarifier
[Minshall and Hamid, 2000]. Il en est de même pour d'autres chimiokines
telles que MCP (Monocyte Chemotactic Protein)-3, MCP-4, MCP-5, RANTES (Regulated
upon activation, normal T cell expressed and secreted) [Gonzalo, 1998] [Powell,
1996].
Bien que le rôle exact de léosinophile dans la pathogénèse de l'asthme reste encore discuté, l'éosinophile est capable d'amplifier la réponse inflammatoire en libérant de nombreux médiateurs pro-inflammatoires. Ses protéines granulaires que sont MBP (Major Basic Protein), ECP (Eosinophil Cationic Protein) et EPO (Eosinophil Peroxydase) peuvent induire une cytotoxicité cellulaire, la dégranulation des mastocytes et des basophiles, stimuler la production de mucus [Hamid and Minshall, 2000]. La MBP jouerait, de plus, un rôle dans la mise en place de lHRB dans des modèles murins de réaction allergiques [Uchida, 1993], [Coyle, 1995a]. De plus, les éosinophiles libèrent une grande variété de cytokines incluant l'IL-1, l'IL-2, l'IL-3, l'IL-4, l'IL-5, l'IL-6, l'IL-8, l'IL-10, l'IL-11, l'IL-12, du TGF-b, TNF-a, GM-CSF, MIP-1a et RANTES [Hamid and Minshall, 2000], toutes importantes dans la mise en place de la réaction inflammatoire.
d. Les cellules Th2
Définitions
Sur la base des observations originales de Mosmann et al [Mosmann and Coffman,
1989], les lymphocytes T CD4+ peuvent être subdivisés en au moins
deux sous-populations appelées cellules de type 1 (Th1) et type 2 (Th2).
Ces deux types cellulaires diffèrent dans leur profil de production de
cytokines qui est associé à leur propriété fonctionnelles
[Abbas, 1996]. Les cellules Th1 produisent de l'IL-2, de l'IFN-g
mais pas d'IL-4 ni d'IL-5, et sont préférentiellement impliqués
dans l'immunité vis à vis de micro-organismes intracellulaires
grâce à leur capacité à induire une réaction
inflammatoire, à aider les cellules B à la production d'anticorps
opsonisants, ainsi qu'à activer les macrophages en augmentant leurs fonctions
anti-microbiennes. De ce fait, les réponses induites par les cellules
Th1 sont caractérisées par des réactions inflammatoires
qui conduisent souvent à des lésions ou des destructions tissulaires.
Au contraire, les cellules Th2 produisent de l'IL-4, de l'IL-5, de l'IL-6, de l'IL-10 et de l'IL-13 mais pas d'IL-2 ou d'IFN-g, et aident les cellules B à la production d'anticorps d'isotype IgG1 (chez la souris) et IgE (chez la souris et chez l'homme). Grâce aux puissantes propriétés anti-inflammatoires de l'IL-4, de l'IL-10 et de l'IL-13, les cellules Th2 empêchent les dommages tissulaires induits lors des réponses immunes médiées par les cellules Th1. De plus, à cause de la production d'IL-4 et d'IL-13 qui sont des facteurs responsables du switch de la production d'anticorps vers l'IgE, et de l'IL-5 qui est un facteur de croissance et de différenciation des éosinophiles, les cellules Th2 jouent un rôle important dans l'élimination de parasites extracellulaires tels que les helminthes, mais également dans les réactions allergiques.
Rôle des cellules Th2
Chez l'homme
De nombreuses données expérimentales obtenues à partir
d'études cliniques ou à partir de modèles animaux confirment
le rôle des cellules Th2 et de leurs cytokines dans l'asthme allergique.
Il existe une corrélation positive entre le nombre de cellules CD4+ activées
détectable dans les lavages bronchoalvéolaires de patients asthmatiques
par cytométrie en flux ou par immunohistochimie et le niveau de recrutement
d'éosinophiles dans le parenchyme pulmonaire mais également avec
le taux de transcrits codant pour l'IL-4 et l'IL-5, des cytokines de type Th2
[Bradley, 1991] [Robinson, 1992]. De plus, des quantités importantes
de transcrits codant pour le l'IL-4, l'IL-5 et le GM-CSF ont été
mises en évidence dans les biopsies bronchiques [Bentley, 1993], et dans
les cellules T isolées des LBA [Robinson, 1993] de patients avec un asthme
allergique exposés à une provocation bronchique avec l'allergène
spécifique, indiquant que les cellules Th2 activées jouent probablement
un rôle dans les réponses asthmatiques tardives grâce à
divers mécanismes comme le recrutement d'éosinophiles dans lépithélium
pulmonaire.
Dans les modèles animaux
Les modèles animaux permettent de disséquer les mécanismes
complexes qui conduisent à certaines caractéristiques pathologiques
de l'asthme allergique humain grâce à la possibilité de
manipuler la présence de certaines cytokines dintérêt
ou les sous-populations de cellules T dans le microenvironnement des voies aériennes.
En utilisant de tels modèles, il a pu être montré que la
déplétion en cellules T CD4+ avec un anticorps monoclonal conduit
à une absence d'infiltrat d'éosinophiles et d'HRB [Nakajima, 1992]
[Gavett, 1994] et que des souris SCID (Severe Combined ImmunoDeficiency) dépourvues
de cellules B et T fonctionnelles, ne développent pas d'éosinophilie
pulmonaire, ni d'hyperréactivité bronchiques (HRB) après
un challenge antigénique avec de l'ovalbumine [Corry, 1996].
Les cytokines Th1 et Th2
|
Nomenclature
|
Ligand humain
|
Ligand murin
|
Recepteur
|
| CC Chimiokines | |||
| CCL1 | I-309 | TCA-3, P500 |
CCR8 |
| CCL2 | MCP-1, MCAF |
MCP-1, JE |
CCR2 |
| CCL3 | MIP-1a, LD78a/b,
AT464-1/2, GOS19-1/2 |
MIP-1a |
CCR1, CCR5 |
| CCL4 | MIP-1b, AT744-1/2, Act-2, G-26,
HC21, H400, LAG-1 |
MIP-1b |
CCR5 |
| CCL5 | RANTES |
RANTES |
CCR1, CCR3, CCR5 |
| CCL6 | Inconnu |
C10, MRP-1 |
Inconnu(s) |
| CCL7 | MCP-3 |
NC28, FIC, MARC |
CCR1, CCR2, CCR3 |
| CCL8 | MCP-2, HC14 |
MCP-2 |
CCR2, CCR3 |
| CCL9 | Inconnu |
MRP-2, CCF18, MIP-1g |
Inconnu(s) |
| CCL10 | Inconnu |
MRP-2, CCF18, MIP-1g |
Inconnu(s) |
| CCL11 | Eotaxine | Eotaxine |
CCR3 |
| CCL12 | Inconnu | MCP-5 |
CCR2 |
| CCL13 | MCP-4, NCC-1, CKb-10 | Inconnu |
CCR2, CCR3 |
| CCL14 | HCC-1, HCC-3, NCC-2 |
Inconnu |
CCR1 |
| CCL15 | HCC-2, MIP-1d, NCC-3, MIP-5, Lkn-1 |
Inconnu | CCR1, CCR3 |
| CCL16 | HCC-4, NCC-4, LEC, LMC |
LCC-1 |
CCR1 |
| CCL17 | TARC, dendrokine |
TARC |
CCR4 |
| CCL18 | DC-CK1, PARC, MIP-4, AMAC-1 |
Inconnu |
Inconnu(s) |
| CCL19 | MIP-3b, ELC, exodus-3, CKb-11 |
MIP-3b |
CCR7 |
| CCL20 | MIP-3a, LARC, exodus-1 |
MIP-3a |
CCR6 |
| CCL21 | 6Ckine, SLC, exodus-2, TCA-4 | 6Ckine |
CCR7 |
| CCL22 | MDC, STCP-1, DCtactin-b |
ABCD-1 |
CCR4 |
| CCL23 | MPIF-1, MIP-3, CKb8, CKb8-1 |
Inconnu |
CCR1 |
| CCL24 | Eotaxine-2, MPIF-2, CKb-6 |
Inconnu |
CCR3 |
| CCL25 | TECK | TECK |
CCR9 |
| CCL26 | Eotaxine-3 | Inconnu |
CCR3 |
| CCL27 | CTACK/ALP, ESkine | CTACK, ALP | Inconnu(s) |
| CCL28 | - | mCCL28 |
CCR10 |
| CXC Chimiokines | |||
| CXCL1 | GRO-1, GROa, MGSA-a | GRO (KC) |
CXCR2 > CXCR1 |
| CXCL2 | GRO-2, GROb, MIP-2a,
MGSA-b |
GRO (KC) | CXCR2 |
| CXCL3 | GRO-3, GROg, MIP-2b | GRO (KC) | CXCR2 |
| CXCL4 | PF4 | PF4var1, PF4alt | Inconnu(s) |
| CXCL5 | ENA-78 | LIX | CXCR2 |
| CXCL6 | GCP-2 | Cka-3 | CXCR1, CXCR2 |
| CXCL7 | NAP-2 | Inconnu | CXCR2 |
| CXCL8 | IL-8, MDNCF, NAP-1, NCF | Inconnu | CXCR1, CXCR2 |
| CXCL9 | Mig, Humig | Mig | CXCR3 |
| CXCL10 | IP-10 |
Crg-2, mob-1 | CXCR3 |
| CXCL11 | I-TAC, H174, b-R1 | Inconnu | CXCR3 |
| CXCL12 | SDF-1a, SDF-1b, PBSF | SDF-1a/b | CXCR4 |
| CXCL13 | BLC, BCA-1 | BLR1L, Angie | CXCR5 |
| CXCL14 | BRAK/bolekine |
BRAK | Inconnu(s) |
| CXCL15 | Inconnu | Lungkine | Inconnu(s) |
| C Chimiokines | |||
| CL1 | Lymphotactine, SCM-1a, ATAC |
Lymphotactine |
XCR1 |
| CL2 | SCM-1b |
XCR1 | |
| CX3C Chimiokines | |||
| CX3CL1 | Fractalkine, neurotactine |
Fractalkine |
CX3CR1 |
Les cytokines Th1
- Interleukine-2 :
LIL-2 est indispensable à la prolifération des lymphocytes T [Morgan, 1976]. Cette cytokine est exclusivement produite par les lymphocytes T CD4+ et CD8+ [Meuer, 1982], et agit de manière autocrine ou paracrine. Elle joue un rôle crucial dans la prolifération des lymphocytes T naïfs, et semble donc contrôler la mise en place de la réponse immune et, si cette réponse a lieu, lIL-2 lentretient.
Mais lIL-2, à de fortes doses, peut aussi réprimer la réponse immune, en induisant la mort cellulaire par apoptose [Lenardo, 1991].
- IFN-g :
LIFN-g (Interferon-gamma) est produit par les lymphocytes T CD4+ et CD8+ activés, les cellules Natural Killer (NK) [Trinchieri, 1989], et les éosinophiles [Lamkhioued, 1995].
Cette cytokine a tout dabord un rôle essentiel au niveau des défenses non spécifiques de lorganisme, comme cela a été démontré dans des modèles de souris SCID [Bancroft, 1989]. LIFN-g active les macrophages en augmentant leur pouvoir de phagocytose et leur capacités cytotoxiques [Nathan, 1983] [Nathan, 1984], ainsi quen augmentant lexpression de surface des molécules du CMH de classe II in vitro [Zlotnik, 1983] et in vivo [Dalton, 1993]. Enfin lIFN-g semble capable dactiver la production de la cytokine pro-inflammatoire TNF-a par les cellules NK [Peters, 1986] et les capacités cytotoxiques des lymphocytes T CD8+, confirmant ainsi son importance dans la mise en place des mécanismes effecteurs cellulaires.
Au niveau des lymphocytes B, lIFN-g présente une action opposée à celle de lIL-4. Elle inhibe leur prolifération [Mond, 1985], lexpression de CD23 induite par lIL-4 [Defrance, 1987], et lexpression des molécules du CMH de classe II. Elle inhibe la commutation isotypique permettant la production dIgE in vitro [Thyphronitis, 1989] et in vivo [Finkelman, 1988].
LIFN-g favoriserait linduction dun profil de type 1, mais son rôle exact reste confus. Son action polarisatrice a été montrée in vitro comme fonction de la présence ou non dIL-4 : en présence des deux cytokines, la polarisation se fera préférentiellement vers un profil Th2 [Abehsira-Amar, 1992]. Il a été montré que les lymphocytes Th2 présentent à leur surface la chaîne b du récepteur à lIFN-g, et pas les lymphocytes Th1 [Pernis, 1995]. Cest par ce récepteur que lIFN-g inhibe la prolifération des lymphocytes ; les Th1 échapperaient alors, par absence du récepteur, aux effets anti-prolifératifs de lIFN-g.
In vivo, lIFN-g inhibe le recrutement pulmonaire des éosinophiles induit par lantigène en inhibant linfiltration des cellules CD4+ [Nakajima, 1993] [Iwamoto, 1993]. Un effet inhibiteur sur lHRB a également été rapporté [Lack, 1994] [Lack, 1996] [Hofstra, 1998]. Enfin, des souris déficientes en récepteur pour lIFN-g développent une réponse pulmonaire Th2 plus importante [Coyle, 1996a].
Les cytokines Th2
- IL-4
LIL-4 est produite majoritairement par les lymphocytes T CD4+, mais aussi par les éosinophiles [Moqbel, 1995] et les basophiles [Seder, 1991]. Il a également été suggéré que les mastocytes, grâce à leur capacité à produire l'IL-4 à la suite d'une activation de leur récepteur de forte affinité pour l'IgE (FceRI) peuvent constituer une source précoce d'IL-4 [Bradding, 1992].
LIL-4 stimule fortement les lymphocytes B, induit leur différenciation, augmente leur prolifération [Rabin, 1986] et lexpression de CMH de classe II [Roehm, 1984]. De plus la production danticorps disotype E est étroitement contrôlée par lIL-4 chez lhomme comme chez la souris [Lebman and Coffman, 1988]. LIL-4 est également un facteur de croissance pour les mastocytes in vitro [Mosmann, 1986], et pour les lymphocytes T, en stimulant selon un mode autocrine la prolifération des lymphocytes Th2 [Fernandez-Botran, 1986] et en induisant la production dIl-4 in vivo [Gross, 1993] [Kopf, 1993]. Enfin, en parallèle de ces effets pro-Th2, lIL-4 présente une activité inhibitrice de la réponse de type 1. Ainsi, in vitro, lIL-4 supprime directement linduction de cellules productrices dIFN-g, tandis que la présence danticorps anti-IL-4 favorise leur génération de ces cellules [Hsieh, 1992]. Il est à noter également, que des résultats issus de reconstitution de souris déficientes en IL-4 (IL-4 -/-) indiquent qu'une réponse anticorps dépendante de l'antigène n'est possible que si les souris ont été reconstituées avec des cellules T CD4+ produisant de l'IL-4, et même en l'absence d'IL-4 produit par des cellules non CD4+ (souris déficientes en mastocytes par exemple) [Schmitz, 1994] [Takeda, 1997]. Au contraire, la production d'IgE médiée par l'IL-4 n'est pas détectable dans des souris reconstituées et dans lesquelles seules des cellules non CD4+ peuvent produire l'IL-4. Ces résultats indiquent donc que les cellules T CD4 sont les premières si ce n'est les seules sources d'IL-4 permettant la synthèse d'IgE.
Chez la souris, lIL-4 est déterminante pour le développement de réponses Th2 [Kopf, 1993]. L'implication des cellules Th2 et de l'IL-4 a été démontrée par l'incapacité à induire une éosinophile pulmonaire et une HRB chez des souris déficientes soit en IL-4 [Lukacs, 1994], en récepteur pour l'IL-4 (IL-4R) [Brusselle, 1994] ou en STAT-6 [Kuperman, 1998], une tyrosine kinase spécifiquement impliquée dans la signalisation via l'IL-4R. De plus, en bloquant la fixation de lIL-4 à son récepteur avec la forme soluble du récepteur (sIL-4R), des souris sont incapables de développer une réaction inflammatoire suite à une exposition à lallergène [Henderson, 2000].
Enfin, des souris transgéniques pour lIL-4 présentent une réaction inflammatoire péribronchique mais ne développent pas dhyperréactivité bronchique [Rankin, 1996]. Ceci suggère donc que lIL-4 seule ne suffit pas pour induire toutes les caractéristiques de lasthme.
- IL-5
LIL-5 est produit par les lymphocytes T CD4+, les mastocytes [Bradding, 1993], et les éosinophiles [Desreumaux, 1992]. Comme lIL-4, il peut participer à la différenciation des lymphocytes B, mais des études ont montré une action moins spécifique, augmentant la production de tous les isotypes [Swain, 1985].
Laction majeure de lIL-5 a toutefois lieu au niveau des éosinophiles, pour lesquels il agit comme un facteur de stimulation lors de leur maturation dans la moelle osseuse [Wardlaw, 1999], de différenciation [Yamaguchi, 1988], et dont il prolonge la survie. LIL-5 augmente également les capacités cytotoxiques des éosinophiles et leur production de radicaux oxygénés [Lopez, 1988]. De ce fait, lIL-5 est un médiateur particulièrement important dans le contexte des pathologies allergiques.
LIL-5 active un certain nombre de kinases intracellulaires dont Jak-2 importante dans lactivation des éosinophiles et dans la prévention de lapoptose des éosinophiles matures [Pazdrak, 1998] [Parganas, 1998] [Kagami, 2000].
Chez la souris sensibilisée à lovalbumine, ladministration intraveineuse doligonucléotides anti-sens spécifiques de lIL-5 abolit léosinophilie pulmonaire et lhyperréactivité bronchique [Karras, 2000]. De plus, après sensibilisation et exposition à des aérosols d'ovalbumine, des souris rendues déficientes en IL-5 sont incapables de développer les caractéristiques d'une réaction allergique [Foster, 1996]. Au contraire, la surexpression d'IL-5 dans lépithélium pulmonaire de souris transgéniques conduit au recrutement d'éosinophiles, à une hypertrophie épithéliale et une production accrue de mucus [Lee, 1997], caractéristiques retrouvées chez les patients asthmatiques. Cependant, dautres facteurs interviennent dans la mise en place lHRB. Ainsi, la libération de la Major Basic Protein (MBP) par les éosinophiles est impliquée dans la mise en place de lHRB [Coyle, 1995a]. En effet, ladministration intratrachéale de MBP à des souris induit une augmentation rapide de lHRB [Uchida, 1993]. Néanmoins, la participation des éosinophiles interviendrait plus dans les réactions retardées que dans les réactions immédiates [Cieslewicz, 1999] plutôt médiée par les mastocytes. Des résultats issus de différents modèles animaux montrent que l'HRB peut être induite chez la souris par des mastocytes préalablement activés par un anticorps anti-IgE [Martin, 1993], indépendamment de l'IL-5 et des éosinophiles.
De façon intéressante, alors que la présence d'IL-5 semble importante pour induire une HRB [Foster, 1996] dans un modèle expérimental utilisant des souris C57/BL6, une autre étude utilisant des souris d'une autre souche (BALB/c) indique que l'IL-4 est capable d'induire une HRB indépendamment des actions des éosinophiles et de l'IL-5 [Corry, 1996]. Ces résultats apparemment contradictoires peuvent s'expliquer par les différentes voies par lesquelles les deux cytokines (IL-4 et IL-5) sont capables d'induire une HRB.
- IL-13
L'IL-13 présente des activités biologiques similaires à l'IL-4. Néanmoins, il existe deux différences importantes entre ces deux cytokines : une production dIL-13 plus constante que celle transitoire de l'IL-4 [de Waal Malefyt, 1995], et une incapacité pour lIL-13 (contrairement à l'IL-4) à induire la différenciation des cellules T naïves en cellules Th2 [de Waal Malefyt, 1995] [Sornasse, 1996], à cause de l'absence de récepteur fonctionnel pour l'IL-13 sur les cellules T [de Waal Malefyt, 1995].
L'IL-13 est capable d'induire, indépendamment de l'IL-4, quelques une des caractéristiques physiopathologiques de la réaction allergique [Wills-Karp, 1998] [Grunig, 1998]. La complexité des effets induits par les cytokines est souligné par le fait que la neutralisation de l'IL-4 pendant un challenge avec l'ovalbumine n'inhibe ni la réaction inflammatoire allergique, ni l'HRB [Coyle, 1995b] suggérant que, bien que l'IL-4 induise une réponse de type Th2 dans ce modèle, cette cytokine ne semble pas nécessaire à l'expression de l'asthme allergique. Ainsi, l'IL-13 (comme l'IL-4) est capable d'induire l'HRB, l'éosinophilie pulmonaire et la production de mucus. L'HRB induite par l'IL-13 est indépendante de la présence d'IgE ou de la présence d'éosinophiles [Wills-Karp, 1998]. La neutralisation de lIL-13 avec des anticorps monoclonaux réduit la réaction inflammatoire, la production de mucus et de lHRB [Grunig, 1998] [Li, 1999], alors que des souris transgénique pour lIL-13 non exposées à lallergène présentent une production accrue de mucus et une augmentation de la résistance de leurs voies aériennes [Zhu, 1999]. Le développement de la réaction inflammatoire fait intervenir le récepteur pour lIL-4 (IL-4R). En effet chez des souris déficientes en IL-4R, ni l'IL-4, ni l'IL-13 n'induisent cette réaction suggérant que le développement de la réaction allergique passe par une voie impliquant la chaîne a de l'IL-4R. De plus, des souris déficientes en STAT-6, une tyrosine kinase impliquée dans la voie de signalisation intracellulaire induite par l'IL-4 mais également par l'IL-13, ne développent pas d'HRB consécutivement à une exposition à l'ovalbumine et ne produisent pas de mucus [Kuperman, 1998].
- IL-9
Cytokine de type Th2, lIL-9 semble également jouer un rôle important dans la physiopathologie de lasthme. Chez lhomme, lIL-9 et son récepteur sont fortement exprimés au niveau des bronches de patients asthmatiques [Shimbara, 2000]. Linstillation intra-trachéale dIL-9 est associée à une éosinophilie, une production dIgE et une HRB accrue en comparaison à des souris non traitées [Levitt, 1999]. Des résultats similaires ont été obtenus après à partir de modèles de souris transgéniques pour lIL-9 [Dong, 1999] [McLane, 1998].
Cytokines polarisant la réponse immune vers le profil Th1 ou Th2
- Effets de lIL-12 :
LIL-12, principalement produite par les macrophages et les cellules dendritiques, est un fort inducteur de la réponse Th1 [Trinchieri, 1995].
LIL-12 induit la production dIFN-g par les cellules T et les cellules NK [Seder, 1993]. Ces deux cytokines agissent de façon synergique, puisque lIFN-g contrôle positivement la synthèse dIL-12 [Morris, 1994].
LIL-12 semble être la cytokine la plus importante dans le développement de réponses Th1 protectrices contre les infections par des pathogènes intracellulaires tels que Leishmania major [Gorak, 1998]. Une faible production ou labsence dIL-12 est par contre associée à des pathologies faisant intervenir les cellules Th2 comme on lobserve dans lasthme. In vivo, ladministration dIL-12 recombinante à des souris réduit la réponse Th2 en augmentant la production dIFN-g [Kips, 1996]. De plus, ladministration systémique ou locale dIL-12 (dans les voies aériennes) abolit totalement léosinophile et lHRB [Gavett, 1995]. Finalement, des souris déficientes en IL-12 développent une éosinophilie pulmonaire plus prononcée sans modification dans le niveau de production dIL-5 et dIFN-g [Gately, 1998].
- Effets de lIL-18
Initialement identifié par Okamura et al [Okamura, 1995b] [Okamura, 1995a] en tant que Interferon-g-inducing factor (IGIF), lIL-18 montre des similitudes importantes avec l'IL-1, tant au niveau de sa production, des voies de signalisation intracellulaire et des mécanismes d'action. LIL-18 peut induire et augmenter la production d'IFN-g par des clones Th1 et des cellules NK. Des souris déficientes en IL-18 montrent une baisse importante de leur production d'IFN-g après stimulation par le LPS. Bien que l'IL-18 apparaît importante pour la production d'IFN-g in vivo, son mécanisme d'action restait encore peu clair. Il apparaît que l'IL-18 n'induit pas le développement des cellules Th1 mais agit tardivement sur les cellules Th1 induites par l'IL-12 pour augmenter leur production d'IFN-g [Robinson, 1997]. Cette production d'IFN-g par des cellules Th1 induite par l'IL-12 et l'IL-18 ne nécessite pas de stimulation via le TCR, voie considérée jusqu'alors comme exclusive dans la production d'IFN-g par les cellules CD4+ [Robinson, 1997]. Cette nouvelle voie de production d'IFN-g serait médiée par un élément de fixation de STAT4 [Barbulescu, 1998]. Néanmoins, plus récemment, des études montrent que lIL-18 peut induire des réponses Th2 chez la souris. Ainsi, ladministration dIL-18 à des souris augmente considérablement la production dIgE en faisant intervenir des lymphocytes CD4+, lIL-4 et le facteur de transcription STAT-6. Ces résultats ont été confortés par la mise en évidence dIgE chez des souris transgéniques pour la caspase-1 présentant des quantités importantes dIL-18 sériques [Yamanaka, 2000]. Enfin, des souris déficientes pour lIL-18 peuvent développer une éosinophilie pulmonaire plus marquée que des souris sauvages à la suite dun protocole dexposition à lallergène [Kodama, 2000].
- Effets de lIL-10 :
LIL-10 est produite par les lymphocytes Th2, mais aussi les lymphocytes B, les macrophages activés [Yssel, 1992a], et les DCs [Lore, 1998]. Cest par son action que les cellules Th2 régulent négativement les cellules Th1. En effet, lIL-10 inhibe fortement lactivité macrophagique, dont la production dIL-12 [D'Andrea, 1993], dIL-1b, de TNF-a [Ralph, 1992] mais aussi dIL-10, contrôlant ainsi sa propre production [de Waal Malefyt, 1991].
Leffet de lIL-10 sur les DCs est relativement bien documenté. Ainsi, des DCs cultivées en présence dIL-10 expriment moins de CD86 à leur surface et deviennent moins efficaces pour stimuler les cellules T dans les réactions lymphocytaires mixtes [Buelens, 1995]. Cependant, une autre étude montre que les DCs qui ont subi une maturation en présence dIL-10 diminue leur production dIL-12 et sont incapables dinduire la synthèse dIFN-g par les cellules T [De Smedt, 1997]. Enfin, chez des souris déficientes en IL-10, les DCs favorisent des réponses Th1 [Igietseme, 2000].
Le rôle de lIL-10 dans la réaction allergique est controversé. Certaines études ont mis en évidence de faibles quantitiés dIL-10 [Borish, 1998] alors que dautres ont montré des taux élévés [Tillie-Leblond, 1999] dans les LBA de patients asthmatiques. Des souris déficientes en IL-10 et exposées à des aérosols dovalbumine ne développent pas dHRB mais présentent une réaction inflammatoire pulmonaire [Makela, 2000]. Dans une autre étude, ladministration dIL-10 à des souris ninduit le développement dune HRB que si les souris sont réexposées à des aérosols dovalbumine [van Scott, 2000].
Marqueurs exprimés par les cellules Th1 et Th2
Les récepteurs aux cytokines
Bien que la définition de sous-populations T CD4+ basée sur la
différence de leur profil de sécrétion de cytokines ait
été utile pour l'analyse de leur activité fonctionnelle,
l'identification de marqueurs de surface stables et exclusifs reste encore à
déterminer.
La première démonstration convaincante de l'expression différentielle d'une molécule de surface sur les cellules Th a été obtenue avec le récepteur pour lIFN-g (IFN-gR). Aussi bien chez la souris [Pernis, 1995] que chez lhomme [Groux, 1997], il est montré que des cellules polarisées en Th1 et non les cellules polarisées en Th2, n'expriment pas la chaîne b du récepteur à l'IFN-g, chaîne impliquée dans la signalisation et non dans la fixation de l'IFN-g [Hemmi, 1992] [Soh, 1994]. De plus, en présence d'IL-12 et en absence d'IL-4, la stimulation et la culture de cellules T naïves humaines CD4+ CD45RA+ ou de cellules T issues du sang de cordon exprimant l'IFN-gR, conduit à une diminution de la quantité de transcrits codant pour la chaîne b de ce récepteur [Groux, 1997]. Ceci indique que la diminution dexpression de la chaîne b de l'IFN-gR à la surface des cellules T humaines est intrinsèque au processus de différenciation en cellules Th1, confirmant les observations faites chez la souris [Pernis, 1995].
De plus, le récepteur pour l'IL-18 (IFN-g-inducing factor), cytokine qui agit en synergie avec l'IL-12 dans la différenciation en Th1 [Yoshimoto, 1997] a été mis en évidence à la surface des cellules Th1 mais pas sur les cellules Th2 [Xu, 1998]. Ces résultats indiquent que l'IL-12 peut induire l'expression de l'IL-18R sur les cellules Th1 et que les cellules Th2 ne présentent aucune sensibilité à l'IL-18 [Yoshimoto, 1998].
Enfin, la polarisation vers un profil de type Th2 est due à la perte de la chaîne b2 du récepteur pour l'IL-12 à la surface des cellules T murines [Szabo, 1995] et humaines [Rogge, 1997], entraînant l'absence de signalisation via le récepteur pour l'IL-12 (IL-12R) [Guler, 1996]. Des cellules T isolées de lavages bronchoalvéolaires de patients atteints de sarcoidose (une pathologie inflammatoire médiée par les cellules Th1) expriment la chaîne b2 de l'IL-12R. Au contraire, des cellules T de LBA de patients asthmatiques (pathologie Th2) nexpriment pas la chaîne b2 de l'IL-12R [Rogge, 1999].
Les récepteurs aux chimiokines
La régulation du trafic lymphocytaire est complexe et implique la participation
de molécules d'adhésion cellulaire, comme les sélectines
et les intégrines, ainsi que la superfamille des chimiokines et leur
récepteurs [Butcher and Picker, 1996] [Baggiolini, 1997]. La migration
des cellules Th1 et Th2 vers les sites inflammatoires est finement régulée.
Des études récentes indiquent que les sous populations Th1 et
Th2 expriment préférentiellement certains récepteurs aux
chimiokines appartenant à la famille des récepteurs pour les CC
chimiokines (ou b chimiokines) ou CXC chimiokines (ou a chimiokines) (Figure
3).

Figure 3 : Circuits damplification des réponses de type 1 et de type 2.
(a). LIFNg, produit par les cellules NK, et les cellules T et B de type 1, induit la production des ligands de CXCR3 (IP-10, I-TAC, Mig), ce qui provoque lattraction de cellules polarisées supplémentaires.
(b). IL-4 et IL-13 induisent la production deotaxine et de MDC. Ces derniers attirent les cellules Th et Tc de type 2 (exprimant CCR3 et CCR4), ainsi que basophiles et éosinophiles. Repris de Mantovani, Immunology Today 1999.
Daprès Sallusto et al [Sallusto, 1997], le CCR3 est préférentiellement exprimé par les cellules Th2 , et son expression est corrélée positivement avec la production d'IL-4. Les cellules Th2 expriment également CCR4 [Bonecchi, 1998] et CCR8 [Zingoni, 1998]. Les cellules polarisées en Th1 exprimeraient plutôt CXCR3 et CCR5. A titre dexemple, il a pu être mis en évidence dans la polyarthrite rhumatoïde des cellules Th1 exprimant de manière prépondérante le CCR5 [Loetscher, 1998]. En ce qui concerne CXCR3, il semblerait que son expression ne soit pas restreinte aux cellules Th1 et pourrait être détectée sur des cellules Th2 en culture. Très récemment, CXCR6 a été décrit comme un récepteur aux chimiokines sélectivement exprimé par les cellules Th1 [Kim, 2001]. Les cellules CXCR6+ nexpriment pas la L-sélectine ou/et le CCR7 et ne peuvent donc pas se localiser dans les organes lymphoïdes mais sont, en revanche, présentes aux sites inflammatoires.
Il est important de noter également que l'expression des récepteurs aux chimiokines à la surface des cellules T n'est pas stable et montre des variations significatives en fonction de l'état d'activation des cellules et de la présence de cytokines endogènes. Par exemple, l'expression en surface du CXCR4 sur les cellules T est induite par de nombreuses cytokines, incluant l'IL-2, l'IL-4, l'IL-7 et l'IL-15 [Jourdan, 1998]. Par contre, l'IFN-g inhibe l'expression de CCR3 et augmente l'expression de CXCR3 et CCR1 [Sallusto, 1998]. L'activation des cellules T via le complexe TCR/CD3 entraîne une diminution de l'expression de beaucoup de récepteurs aux chimiokines tels que CXCR4 [Abbal, 1999], CCR1, CCR2, CCR5 [Loetscher, 1998], et CCR3 [Sallusto, 1997].
CRTH2
CRTH2 est un récepteur appartenant à la famille des récepteurs
à sept domaines transmembranaires couplé aux protéines
G cloné récemment [Nagata, 1999b] et sélectivement exprimé
par les cellules T de type 2, les éosinophiles et les basophiles [Nagata,
1999b] [Nagata, 1999a] [Cosmi, 2000]. CRTH2 médie un flux de calcium
intracellulaire en réponse à des facteurs produits par les mastocytes
activés [Nagata, 1999a]. Récemment, la Prostaglandine D2 (PGD2)
à été identifiée comme un ligand possible de CRTH2
dérivé des mastocytes [Hirai, 2001].
T1/ST2
Deux groupes indépendants ont identifié une nouvelle molécule
de surface exprimée de façon stable sur les cellules murines Th2
et non Th1 [Xu, 1998] [Lohning, 1998]. Cette molécule désignée
ST2 ou T1, avait été clonée en tant que récepteur
orphelin codant pour une molécule récepteur-like de la superfamille
des immunoglobulines [Klemenz, 1989] [Tominaga, 1991]. Bien que T1/ST2 présente
une homologie de séquence limitée avec les récepteurs pour
l'IL-1 (type 1 et type 2), il ne fixe pas l'IL-1a,
l'IL-1b, l'IL-1RA ni l'IL-18.
L'injection d'un anticorps polyclonal anti-T1/ST2 à des souris infectées avec Leishmania major augmente la production d'IFN-g et diminue la production d'IL-4 et d'IL-5 par les cellules T, augmentant ainsi la résistance à l'infection par le parasite intracellulaire [Xu, 1998]. De plus, l'administration d'un anticorps monoclonal anti-T1/ST2 à des souris atteintes d'arthrite au collagène, pathologie principalement médiée par les cellules Th1, augmente la sévérité des symptômes [Xu, 1998]. Dautre part, dans un modèle murin de réaction allergique, l'injection d'un anticorps anti-T1/ST2 ou d'une protéine de fusion T1/ST2-Ig diminue l'éosinophilie et l'inflammation pulmonaire [Lohning, 1998]. Enfin, la neutralisation de T1/ST2 chez des souris exposées à une protéine du RSV (Respiratory Syncytial Virus) et développant une éosinophilie pulmonaire, réduit linflammation pulmonaire, la sévérité de la pathologie [Walzl, 2001]. Ces expériences indiquent que T1/ST2 est fortement associé à la fonction des cellules Th2. La présence de cette molécule semble permettre de faire la distinction chez la souris des cellules Th1 et Th2. Une telle mise en évidence reste encore à faire chez lhomme.
Facteurs de transcription
Les protéines STAT
Les protéines STAT jouent un rôle important dans la réponse sélective des cellules à des cytokines particulières [Kaplan and Grusby, 1998]. Après une stimulation par des cytokines, les protéines STAT sont phosphorylées par des Janus familly kinases (JAK) et, après leur dimérisation et leur translocation vers le noyau de la cellule, vont induire la transcription des gènes d'intérêt.
- STAT4
Lactivation et le développement des cellules Th1 implique une signalisation via le facteur de transcription STAT4, appartenant à la famille des STAT [Zhong, 1994]. L'IL-12 active ce facteur de transcription [Jacobson, 1995]. Hoey et al ont suggéré que STAT4 activé pouvait agir directement sur le gène de l'IFN-g et augmenter sa transcription [Xu, 1996]. De plus, dans les cellules Th2, aucune activation de ce facteur nest observée même en présence dIL-12 [Szabo, 1995] mais la preuve de son rôle dans le développement des Th1 est venue de l'analyse de souris déficientes en STAT4 [Thierfelder, 1996] [Kaplan, 1996] qui nont plus de cellules Th1 fonctionelles. La production d'IFN-g semble ne pas être totalement dépendante de STAT4 [Kaplan, 1998] [Carter and Murphy, 1999]. Les cellules Th1 totalement différenciées peuvent produire de grandes quantités d'IFN-g en absence d'activation de STAT4 [Yang, 1999]. Il semblerait que d'autres facteurs induits ou réprimés par STAT4 puissent agir pour affecter la production d'IFN-g.
- STAT6
STAT6 est plutôt impliqué dans lactivation des cellules Th2. L'engagement de l'IL-4 avec son récepteur conduit à la phosphorylation de STAT6 par Jak1 et Jak3, induisant l'activation des gènes régulés par l'IL-4 comme ceux de l'IL-4R, de l'IgE et des molécules du CMH de classe II [Kaplan and Grusby, 1998]. Une voie alternative pour lactivation de STAT6, en particulier chez l'homme passe par l'IL-13 [Palmer-Crocker, 1996]. Enfin, dans les modèles murins d'inflammation allergique faisant appel à des souris déficientes en STAT6, il a été observé une atténuation importante de l'éosinophilie pulmonaire, de la production de mucus, de l'hyperréactivité bronchique et de la production d'IgE. Ceci souligne limportance de STAT6 dans la réaction allergique.
- T-bet
Décrit par Szabo et al [Szabo, 2000], ce facteur est sélectivement induit dans des cellules se différenciant en Th1 mais pas en Th2, permet lexpression de lIFN-g et réprime lexpression des cytokines Th2. Des cellules B et des cellules NK augmentent leur expression de T-bet après culture en présence dIL-12. La production dIFN-g et lexpression de T-bet par ces cellules sont augmentées après addition dIL-18. Néanmoins, il semblerait que T-bet agisse avec dautres facteurs pour augmenter lexpression dIFN-g [Heath, 2000].
- GATA-3
Les cellules T naïves expriment peu de mRNA codant pour GATA-3 [Zhang, 1998] [Ouyang, 1998]. L'expression de GATA-3 est très augmentée dans des cellules différenciées en Th2 et très diminuée dans des cellules différenciées en Th1. En utilisant des clones établis ou des cellules Th1 et Th2 générées à partir de cellules CD4+ naïves, l'expression de GATA-3 restreinte aux cellules Th2 a été montrée. GATA-3 suffit à l'activation du promoteur de l'IL-5 mais pas de l'IL-4 dans un environnement non Th2 [Zhang, 1998] [Ranganath, 1998]. Dautres sites de fixation de GATA-3 doivent maintenant être identifiés. Cependant, certaines études ont montré que plusieurs régions voisines des loci IL-4/IL-13 peuvent lier GATA-3 [Ranganath, 1998].
Une augmentation significative de lexpression de GATA-3 a été observée dans les voies aériennes de patients asthmatiques [Christodoulopoulos, 2001]. Cette augmentation dexpression de GATA-3 corrèle avec lexpression pulmonaire dIL-5 et lhyperréactivité bronchique [Nakamura, 1999b]. Chez la souris, des études récentes démontrent limplication de GATA-3 dans le développement de la réaction allergique. En effet, lexpression dun dominant négatif de GATA-3 diminue linflammation des voies aériennes[Zhang, 1999]. De plus, ladministration intranasale doligonucléotides anti-sens spécifiques de GATA-3 à des souris réexposées à des aérosols dovalbumine abolit la réaction inflammatoire pulmonaire, la production de cytokines Th2 et réduit significativement lHRB [Finotto, 2001], indiquant que GATA-3 joue un rôle majeur dans la phase effectrice de la réaction allergique chez la souris.
- c-Maf
Lincapacité de GATA-3 à activer le promoteur de lIL-4 et à induire une synthèse dIL-4 dans des conditions non Th2 suggère lintervention dautres facteurs de transcription qui pourraient agir en concert avec GATA-3 pour activer lexpression du gène codant pour lIL-4. Le facteur de transcription c-Maf a été identifié comme étant spécifique des cellules Th2 et comme pouvant activer le promoteur de lIL-4 [Ho, 1996]. Des souris knock-out pour c-Maf montrent une incapacité des cellules CD4+ à produire de lIL-4, alors que la production dIL-5 et dIL-13 est normale [Kim, 1999]. Après immunisation, ces souris peuvent produire des IgE, probablement à cause de la présence dIL-13.
En conclusion, lasthme allergique, pathologie médiée par les cellules Th2, est la résultante de divers mécanismes complexes (réponse IgE, réaction inflammatoire et HRB). De nombreux facteurs, parmi lesquels le type dantigène, le microenvironnement en cytokines polarisantes interviennent pour conduire à la mise en place de cette réponse Th2. Cependant, linstallation dune réponse immune ne peut se faire sans lintervention préalable de cellules présentatrices dantigènes. Certaines peuvent interagir spécifiquement avec les cellules T naïves et initier le développement dune réponse de type Th1 ou Th2 : cest le cas des cellules dendritiques.
Les cellules dendritiques (DCs) sont issues des précurseurs de la moëlle osseuse. Ces précurseurs passent dans le sang et donnent naissance aux DCs périphériques. Ainsi, des DCs ont pu être mises en évidence dans la peau (où on les appelle cellules de Langerhans), dans lintestin, les muqueuses orales et génitales, les bronches, les poumons, le foie, le coeur et les reins. Dans ces tissus, elles présentent de longs prolongements cytoplasmiques, sinsérant entre les cellules résidentes, leur permettant de capturer les antigènes de lenvironnement. Les DCs migrent par les vaisseaux lymphatiques afférents ou le sang vers les zones T des ganglions ou de la rate où elles interagissent avec les cellules T recirculantes [Mondino, 1996]. Les DCs sont capables de capturer efficacement lantigène, le fragmenter en peptides immunogènes qui seront présentées au niveau des molécules du complexe majeur dhistocompatibilité (CMH) de classe I et II. De plus, des signaux inflammatoires tels que des constituants dorigine bactérienne ainsi que tout ce qui pourrait être un signal de danger sont capables dinduire la maturation des DCs leur permettant ainsi daugmenter leur capacité à stimuler les cellules T [Sallusto, 1995b]. La nature des interactions entre les cellules T et les DCs vont déterminer le devenir de la réponse : tolérance ou immunité, avec lémergence de cellules T ayant comme phénotype soit Th1, soit Th2. Lensemble de ces différents aspects de la DC sera discuté dans les paragraphes suivants.
I. Origine et différenciation des DCs
1. Les DCs dérivées des précurseurs
médullaires CD34+
Les cellules dendritiques ont pendant longtemps été identifiées
comme provenant seulement de précurseurs myéloïdes, les rendant
très proches des macrophages et des granulocytes. De nombreuses études
ont montré lexistence de précurseurs communs aux cellules
dendritiques et aux phagocytes dorigine myéloïde à
la fois chez lhomme et chez la souris . Chez lhomme, il a pu être
décrit lexistence de précurseurs CD34+ provenant de la moëlle
osseuse dotés dune double capacité de différenciation
: le monocyte/macrophage et la DC [Reid, 1992]. Sous linfluence de GM-CSF,
IL-3 et TNF-a, des colonies de DCs exprimant le CD1a,
marqueur de cellules de Langerhans, et de monocyte/macrophage se développent.
Plusieurs groupes ont identifié deux voies de développement de
DCs issues des progéniteurs CD34+ sous linfluence du GM-CSF et
du TNF-a [Caux, 1996]. Dun côté,
des progéniteurs exprimant le CLA (cutaneous lymphocyte antigen) [Strunk,
1997] acquièrent très rapidement lexpression du CD1a, prolifèrent
et se différencient en DCs présentant les caractéristiques
de cellules de Langerhans décrites in vivo (le granule de Birbeck et
lexpression de lantigène Lag, ainsi que lexpression
de la molécule dadhésion E-cadhérine). Il a également
été montré que la différenciation de ce type de
précurseurs CD1a+ en cellule de Langerhans faisait intervenir également
le TGF-b [Strobl, 1996]. De lautre côté,
des précurseurs exprimant de façon transitoire le marqueur monocytaire
CD14 peuvent proliférer et se différencier progressivement en
DCs de type interstitielles exprimant le CD1a, CD2, CD9 et CD68. Ces progéniteurs
exprimant le récepteur pour le M-CSF peuvent également se différencier
en macrophages sous leffet de ce facteur de croissance.
2. Les DCs dérivées des monocytes
du sang périphérique
Actuellement, il est clair que les monocytes du sang peuvent soit se différencier
en macrophages ou en DCs en fonction de la présence de certains facteurs
de croissance. En présence de GM-CSF et dIL-4, les monocytes CD14+
se différencient sans proliférer en DCs exprimant le CD1a, après
5-7 jours de culture [Sallusto and Lanzavecchia, 1994]. Ces cellules dendritiques
dérivées des monocytes (MDDC) présentent des caractéristiques
de DCs immatures, avec des activités importantes de capture et dinternalisation
de lantigène et une faible capacité de stimulation des cellules
T. Après une stimulation par le lipopolysaccharide (LPS), le TNF-a,
lIL-1b ou après ligation du CD40 (exprimé
par les DCs) par le CD40L (exprimé par les cellules T), les MDDC maturent
sans possibilité de dédifférenciation, et présentent
les caractéristiques suivantes : une faible capacité de capture
et dinternalisation de lantigène ainsi quune grande
capacité de stimulation des cellules T.
Un système de culture a permis de montrer que les monocytes sont bien des précurseurs directs des DCs [Randolph, 1998]. Ce système inclut des cellules endothéliales se développant sur une matrice de collagène et mime le recrutement des précurseurs depuis le sang vers les tissus. Après que les cellules mononucléées aient été incubées avec des monocouches de cellules endothéliales, les monocytes peuvent trans-migrer, capturer des particules de zymosan-FITC, et retraverser la couche de cellules endothéliales dans lautre sens. Les cellules capables de retraverser la monocouche présentent une morphologie de DCs, diminuent leur expression de marqueurs monocytaires tels que le CD14 et augmentent leur expression de marqueurs de DCs matures tels que le CD86, CD83 et DC-LAMP. De façon intéressante, les monocytes qui nont pas retraversé la couche de cellules endothéliales acquièrent des caractéristiques de macrophages tissulaires. Ainsi, dans ce système exempt de toutes cytokines exogènes, les monocytes peuvent se différencier en DCs ou macrophages tissulaires en seulement 2 jours.
3. Les DCs dorigine lymphoïde
Actuellement chez lhomme, il existe également des précurseurs
hématopoïétiques dont le phénotype est : lineage-
CD34+ CD45RA+ HLA-DR+ et endopeptidase CALLA CD10+ [Galy, 1995] et qui peuvent
générer en culture des DCs dorigine lymphoïde. Sous
linfluence dun cocktail de nombreuses cytokines (IL-1, IL-3, IL-7,
SCF, GM-CSF, TNF-a), ces progéniteurs se différencient
exclusivement en DCs. Cependant, en raison de la difficulté à
obtenir un nombre suffisant de telles DCs, une étude phénotypique
limitée a été réalisée et lexpression
de CD1a, CD33, CD11c, CMH de classe II rapportée. De plus, ces DCs ont
une capacité de stimulation dans des réactions lymphocytaires
mixtes (MLR). Il est vrai que ces DCs expriment des marqueurs considérés
plutôt comme myéloïdes. Néanmoins, ce type de DCs est
considéré comme dorigine lymphoïde car leurs progéniteurs
peuvent générer en culture seulement des lymphocytes (T, B et
NK) mais aucune cellule myéloïde.
Chez la souris, les DCs peuvent être sub-divisées en sous-types en fonction de leur niveau dexpression de CD4 et de lhomodimère CD8a. Les DCs CD8a+ seraient issues de précurseurs lymphoïdes et induiraient la sécrétion de grandes quantités dIFN-g et pas de cytokines Th2. Au contraire, les DCs CD8a- plutôt dorigine myéloïde induiraient la production de grandes quantités dIL-4 et dIL-10, cytokines Th2 en plus de lIFN-g et de lIL-2 [Pulendran, 1999]. Cependant, récemment, il a pu être mis en évidence que les sous-populations CD8a+ et CD8a- seraient toutes deux dorigine myéloïde [Manz, 2001].
4. Les DCs du sang périphérique
: DC1/DC2
Enfin, deux autres précurseurs de DCs existent dans le sang circulant.
Les uns ont pour phénotype lineage- (CD3, CD14, CD19, CD20, CD56) CD11c+
et donnent naissance à des DCs en présence de GM-CSF et IL-4 ou
TNF-a. De plus, les cellules CD11c+ du sang peuvent
se différencier en cellules de Langerhans en présence de TGF-b
[Ito, 1999] ou en macrophage s'ils sont mis en culture en présence de
M-CSF [Palucka, 1998]. Les autres ont pour phénotype lineage- CD11c-
CD123 (IL3-Ra)+. Différents facteurs régulent la survie et la
différenciation des précurseurs CD11c-, décrits à
l'origine comme des cellules T plasmacytoïdes ou des monocytes plasmacytoïdes
[Cella, 1999a] [Rissoan, 1999] [Siegal, 1999]. Ces cellules qui meurent rapidement
après leur purification sont très dépendantes de l'IL-3
pour leur survie et du CD40L pour leur maturation. Les précurseurs de
DCs CD11c- IL-3Ra+ sont phénotypiquement très différents
des monocytes, les cellules CD11c- IL-3Ra+ n'exprimant pas les marqueurs myéloïdes
CD11b, CD14 ou CD33. Alors que les monocytes expriment fortement le récepteur
pour le GM-CSF (GM-CSFRa) et peu de IL-3Ra, les précurseurs CD11c- expriment
plus l'IL-3Ra que le GM-CSFRa. Enfin, les MDDC immatures présentent de
grandes capacités d'endocytose/phagocytose, ce qui n'est pas le cas des
DCs immatures CD11c-. Les précurseurs CD11c- IL-3Ra+ sont une source
majeure de production d'IFN-a en réponse à
des virus [Siegal, 1999] [Ferbas, 1994].
Récemment, il a été montré que des DCs capables de produire de lIFN-a et présentant un phénotype de DC2 pouvaient être obtenues in vitro, en faible quantité, à partir de précurseurs CD34+ cultivésen présence de Flt3-Ligand [Blom, 2000].
II. La présentation antigénique
1. Les molécules de classe I
a. La voie endogène
Cette voie de présentation antigénique s'opère lors de
la dégradation de protéines cytosoliques et du chargement des
peptides sur des molécules de classe I nouvellement synthétisées
dans le réticulum endoplasmique. Le mécanisme dapprêtement
(processing) de l'antigène se fait dans un premier temps dans le cytosol
grâce à un système de protéolyse ATP-dépendant
qui commence par une liaison à lubiquitine. Les protéines
ubiquitinylées sont dirigées vers le protéasome qui clive
les protéines en peptides. Les peptides sont alors transportés
dans le réticulum endoplasmique via des transporteurs transmembranaires
ATP-dépendants TAP1/2 et sont coupés en peptides plus petits (8
acides aminés) qui peuvent se fixer dans le sillon peptidique des molécules
de classe I.
b. La présentation de peptides exogènes
Il a été observé que des cellules T cytotoxiques restreintes
par le CMH de classe I pouvaient être stimulés par des antigènes
mineurs après immunisation avec des cellules dépourvues de molécules
de classe I [Bevan, 1977]. Cette propriété, appelée cross-priming,
a permis de montrer que les DCs possèdent une voie classe I dite alternative
leur permettant de présenter des peptides dérivés d'antigènes
extracellulaires. Deux voies de présentation exogènes ont été
décrites. Dans la première, TAP-indépendante, les antigènes
sont hydrolysés dans les endosomes [Pfeifer, 1993]. L'autre, TAP-dépendante,
fait passer lantigène dégradé du phagosome vers le
cytosol [Kovacsovics-Bankowski and Rock, 1995] et interviendrait dans les réponse
immunes développées contre les tumeurs [Huang, 1994] ou les virus
[Sigal, 1999].
Plus récemment, la capture médiée par le FcgR [Regnault, 1999] et les exosomes dérivés de DCs pulsées avec des peptides tumoraux [Zitvogel, 1998] ont été montrés comme une autre voie permettant daboutir à une présentation par les molécules du CMH de classe I.
2. Les molécules de classe II du CMH
Les lymphocytes T CD4+ reconnaissent les antigènes sous la forme de petits
peptides liés aux molécules de classe II du complexe majeur dhistocompatibilité
(CMH). Ces molécules de classe II, contrairement aux molécules
de classe I ubiquitaires, sont exprimées sur les cellules présentatrices
dantigène dites spécialisées (cellules B, macrophages
et DCs).
Dans le réticulum endoplamique (RE), les molécules de classe II sassemblent suite à la translocation de sous unités a et b dans la lumière du RE. Une molécule chaperone clé, la chaîne invariante Ii, est spécifiquement impliquée dans lassemblage des molécules de classe II dans le RE, et à posteriori dans leur transport vers les compartiments endocytiques [Roche and Cresswell, 1991] [Anderson and Miller, 1992] [Lamb, 1991]. La chaîne Ii est une glycoprotéine abondamment présente dans toutes les cellules exprimant les MHC classe II. Dans le RE, Ii forme des homodimères qui lient trois hétérodimères ab . Lassociation des hétérodimères ab avec Ii est indispensable à une bonne conformation des molécules de classe II. Une région conservée spécifique de Ii comprenant les acides aminés 81-104 connue sous le nom de CLIP (class II-associated Ii peptide) se lie avec des affinités différentes aux variants alléliques des molécules de classe II [Avva and Cresswell, 1994]. Ainsi, la région CLIP de Ii protège le sillon, dans lequel doit venir se loger le peptide au niveau des molécules de classe II, dune éventuelle fixation prématurée de peptides avant leur arrivée dans les compartiments endocytiques acides [Roche and Cresswell, 1991]. Ii intervient également dans le transport des molécules de classe II, puisque un motif de localisation endosomale dans lextrémité cytoplasmique de Ii facilite lentrée doligomères molécules de classe II/Ii nouvellement synthétisés dans les endosomes et les lysosomes [Bakke and Dobberstein, 1990] [Lotteau, 1990]. A larrivée dans la voie endocytique, Ii est rapidement clivé par des protéinases endosomales/lysosomales, également connues sous le nom de cathépsines, alors que le fragment CLIP reste lié au sillon de fixation du peptide. Le détachement de CLIP au profit de divers peptides du soi et du non-soi est facilité par des molécules classe II-like, HLA-DM (H-2M chez la souris) [Denzin and Cresswell, 1995].
III. Migration des cellules dendritiques
1. Les Chimiokines
a. Définition
Les chimiokines constituent un groupe de cytokines chimiotactiques. La fonction
majeure de ces molécules est le contrôle de la migration des leucocytes.
Ce sont des polypeptides comprenant 70-80 acides aminés [Adams and Lloyd,
1997] et de poids moléculaire denviron 8-9 kD. Ce sont des protéines
basiques liant lhéparine qui peuvent être subdivisées
en deux groupes majeurs : les CXC (ou a) chimiokines et les CC (ou b) chimiokines,
selon la présence ou labsence dun acide aminé entre
deux résidus Cystéine à lextrémité
N terminale. Au moins 15 CXC chimiokines et 15 CC chimiokines ont été
caractérisées.
La lymphotactine représente à elle seule un groupe supplémentaire de chimiokines (celui des C chimiokines) avec un seul résidu Cystéine N terminal [Kelner, 1994].
Un quatrième sous-type de chimiokine, avec un motif CX3C, a été identifié plus récemment [Bazan, 1997].
b. Localisation chromosomique
Les gènes codant pour les CXC chimiokines sont localisés sur le
chromosome 4q12-q21 et présentent 20 à 90 % dhomologie.
Les gènes codant les CC chimiokines sont localisés sur le chromosome
17q11-q21 avec 25-70 % dhomologie.
c. Chimiokines et cellules dendritiques
Des tests de chimiotaxie réalisés in vitro ont montré que
les MDDC immatures peuvent migrer en réponse à de nombreux agents
chimiotactiques tels que le Platelet-activating factor (PAF), le C5a [Sozzani,
1995] et à de nombreuses CC chimiokines comme MCP-3, MCP-4, RANTES, MIP-1a,
MIP-1b, MIP-5, MIP-3b et MDC [Godiska, 1997] (Figure
3). Contrairement aux monocytes, les MDDC ne répondent pas à MCP-1
et MCP-2, deux autres CC chimiokines. La lymphotactine, la seule C chimiokine
est également inactive. Il en est de même pour toutes les CXC chimiokines
testées, à lexception de SDF-1 [Delgado, 1998]. Les expériences
utilisant des DCs dérivées des précurseurs CD34+ différenciés
en présence de GM-CSF et de TNF-a ont confirmé
ces résultats [Sozzani, 1997]. Cependant, ce type de DCs montre également
une réponse vis à vis du MIP-3a [Charbonnier, 1999], une chimiokine
inactive sur les MDDC.
a/CXC sous-famille
NH2-X6-12-(ELR)-C-X-C-X23-24--C-X15-16--C-X15-53----COOH
b/CC sous-famille
NH2-X10-11---------C----C-X22-23--C-X15----C-X18-24----COOH
g/C sous-famille
NH2-X12------------------C-X36----------------C-X46----COOH
d/CX3C sous-famille
NH2-X7-------------C-X3-C-X21----C-X15----C-X26----COOH
Figure 3 : Structure générale en AA des chimiokines.
d. Chimiokines et réponse Th1/Th2
- TARC (Thymus and Activation-Regulated Chemokine) (CCL17)
Lexpression de cette CC-chimiokine est constitutive dans le thymus, et transitoire dans des cellules mononucléées stimulées à la PHA. Sécrétée également par les cellules épithéliales bronchiques [Sekiya, 2000], les monocytes et les MDDC, TARC est chimiotactique pour les lymphocytes T polarisés en Th2 [Imai, 1999].
Chez la souris, les sources cellulaires de cette chimiokine sont identiques à celles existant chez lhomme et attire également les lymphocytes Th2 [Lieberam and Forster, 1999]. Lexpression de TARC a été mise en évidence au niveau des lésions de la peau dans la dermatite atopique aussi bien dans des modèles murins [Vestergaard, 1999] que chez lhomme [Vestergaard, 2000].
- MDC (Macrophage-Derived Chemokine) (CCL22):
Cette CC-chimiokine récemment décrite comme chimioattractante pour les monocytes, puis pour les lymphocytes Th2, les éosinophiles, et certaines DCs et cellules NK [Godiska, 1997] est retrouvée dans le thymus et produite par différentes cellules (monocytes/macrophages, DCs, lymphocytes T et B).
In vitro, il a été observé que la production de MDC est associée à un profil de cytokines Th2. Bien que son action puisse passer par le récepteur CCR4, des études avec des formes de MDC tronquées en N-terminal laissent penser que, au moins pour les monocytes, il existerait un autre récepteur [Struyf, 1998].
In vitro, la production de MDC est stimulée par lIL-4 et lIL-13 synthétisées par des clones Th2 [Andrew, 1998], rendant alors possible lamplification dune réponse de type 2. De plus, dans un modèle dinflammation pulmonaire allergique, la neutralisation de MDC a permis de réduire sélectivement le nombre déosinophiles dans linterstitium pulmonaire et dinhiber lHRB induite. Ceci suggère un rôle essentiel du MDC dans la rétention des leucocytes dans les tissus pulmonaires, plutôt que dans leur migration transendothéliale [Gonzalo, 1999].
La production de MDC est inversement liée à lexpression des cytokines IL-12 et IFN-a, responsables de lorientation de la balance Th1/Th2 vers un profil Th1. En effet, ces cytokines inhibent lexpression dARNm et la sécrétion de MDC par les cellules Th1 [Iellem, 2000]. Au vu de leffet chimioattractant préférentiel de MDC sur les lymphocytes Th2, linhibition de MDC par lIL-12 et lIFN-a illustre un mécanisme par lequel ces deux cytokines favoriseraient une réponse Th1.
- IP-10 (Interferon-gamma-induced Protein-10) (CXCL10):
IP-10, composée de 77 AA, est produite par les lymphocytes, les monocytes, les cellules endothéliales et certaines cellules de structures comme les kératinocytes et les fibroblastes. Sa structure tridimensionnelle se rapproche beaucoup de celle de lIL-8.
Des études récentes ont démontré limplication de lIP-10 dans la maintenance dun profil de cytokines Th1 en présence dallergènes environnementaux chez les sujets non-atopiques. En effet, cette chimiokine régule positivement la production dIFN-g déclenchée par lantigène (allergène de chat ou de graminées), mais pas celle dIL-4 [Gangur, 1999].
e. Autres chimiokines
Associées à une réponse Th1: Mig et I-TAC (CXCL9 et CXCL11)
Ces deux CXC-chimiokines se fixent au CXCR3, récepteur également
pour lIP-10. Il serait donc possible que leur action soit complémentaire
à celle de lIP-10 en ce qui concerne la régulation de la
balance Th1/Th2.
Associées à une réponse Th2 : Eotaxine, TARC, I-309 (CCL11,
CCL17, CCL1)
In vitro, léotaxine agit sur les éosinophiles en mobilisant
des voies Calcium-dépendantes régulant la polymérisation
de lactine et lexpression de molécules dadhérence
et en induisant la migration. In vivo, léotaxine coopère
avec lIL-5 pour le recrutement tissulaire des éosinophiles. Elle
attire également les basophiles et les cellules Th2 [Teran, 2000], deux
populations cellulaires exprimant fortement le récepteur CCR3, permettant
damplier la réponse Th2 [Jinquan, 1999].
Le rôle de léotaxine dans la réaction inflammatoire allergique est bien documenté. Chez lhomme, une corrélation entre les concentrations déotaxine sériques et la gravité de la pathologie asthmatique a été observée [Nakamura, 1999a]. De plus, lexpression de lARNm codant pour cette chimiokine est augmentée au niveau bronchique chez des patients asthmatiques après exposition à lallergène [Lamkhioued, 1997]. Enfin, chez la souris, la neutralisation de léotaxine réduit léosinophilie pulmonaire induite après exposition à lallergène ainsi que lhyperréactivité bronchique (HRB) [Gonzalo, 1998]. Tout ceci fait de léotaxine un acteur majeur dans la pérennisation de lasthme allergique.
2. Les récepteurs aux chimiokines
a. Structure
Laction des chimiokines se fait par le biais de récepteurs nommés
CXCR pour les récepteurs des CXC chimiokines, et CCR pour les récepteurs
des CC chimiokines (Tableau 1). Ces récepteurs font partie de la superfamille
des récepteurs à sept domaines transmembranaires et sont constitués
dune région N terminale extracellulaire, dune région
C terminale intracellulaire et de sept domaines transmembranaires en hélice
a.
b. Transduction du signal
Après liaison , la chimiokine active son récepteur par le biais
de protéines G (le plus souvent la protéine Gi) qui jouent un
rôle central en favorisant un influx de calcium [Murphy, 1996]. En aval
des protéines G, la voie de transduction du signal fait intervenir de
nombreuses protéines (Rho, Rac, Cdc42 [Laudanna, 1996] et les MAP kinases
[Bacon, 1995] [Kampen, 2000]). Il est à signaler quaprès
lactivation, les récepteurs aux chimiokines deviennent réfractaires
à des stimulations ultérieures avec le même ou dautres
ligands [Uguccioni, 1995]. Cette désensibilisation est normalement complète
avec le même ligand et plutôt partielle avec dautres ligands.
c. Récepteurs aux chimiokines et migration
Le répertoire dexpression des récepteurs aux chimiokines
à la surface des cellules dendritiques a été analysé.
Ainsi, il apparaît que les MDDC immatures expriment des récepteurs
pour les chimiokines inflammatoires comme CCR1, CCR2, CCR5, CXCR1 et CXCR4.
Ces récepteurs permettent leur migration vers les sites inflammatoires
où leur ligand tels que IL-8, RANTES, MCP-3, MIP-1a,
MIP-1b et SDF-1 sont exprimés [D'Amico, 1998].
Les DCs peuvent également exprimer spécifiquement des récepteurs
pour PAF, fLMP et C5a [Sozzani, 1997] [Sozzani, 1995]. Il est à signaler
que CCR5 et CXCR4 peuvent servir de co-récepteurs pour les souches M-tropic
(R5) et T-tropic (X4) du VIH respectivement [Ayehunie, 1997] [Granelli-Piperno,
1996].
En réponse à MIP-3a, seules les DCs dérivées des CD34+, qui expriment le CCR6, sont capables de migrer mais pas les MDDC [Power, 1997] [Greaves, 1997]. CCR6 est induit sur les DCs dérivées des CD34 dès le 6ème jour de la culture in vitro.
La maturation des DCs peut être induite in vitro par une large variété de facteurs. Il a été montré que les signaux induisant la maturation des DCs affectent leurs capacités migratoires. Lexposition des DCs au LPS, à lIL-1b et au TNF-a ou la culture des DCs en présence de CD40 ligand, induit une inhibition rapide (moins de 1 heure) de la réponse chimiotactique envers MIP-1a, MIP-1b, MIP-3a, RANTES, MCP-3 et fLMP [Sozzani, 1998] [De Wit, 2000]. Cette inhibition de chimiotaxie vers les sites inflammatoires saccompagne dune baisse progressive dexpression de récepteurs aux chimiokines et des ARNm codant pour ces mêmes récepteurs [Sozzani, 1998] [Dieu, 1998] [Sallusto, 1998] [Lin, 1998]. De façon concomittante, lexpression du CCR7 est fortement augmentée ce qui permet la migration des DCs vers son ligand, MIP-3b, chimiokine constitutivement exprimée dans les organes lymphoïdes [Gunn, 1998]. La migration des DCs en réponse à MIP-3b fait intervenir MRP-1 (Multi-drug Resistance-associated Protein 1), un transporteur de leucotriènes LTC4. Ainsi, chez des souris déficientes en MRP-1, la migration des DCs de la peau vers les ganglions drainants ne peut se faire. Cette migration est restaurée par ladministration de LTC4 exogène [Robbiani, 2000]. Il est également à signaler également laugmentation de lexpression de CCR4 et de CXCR4 qui lient respectivement les chimiokines constitutives MDC et SDF-1.
En résumé, les chimiokines inflammatoires agissant par le biais de CCR1 et CCR5 permettent la localisation des précurseurs des DCs dans les organes non lymphoïdes. La perte de réponse des DCs aux chimiokines produites en grande quantité lors dune réaction inflammatoire permettrait aux DCs de quitter les tissus périphériques et de migrer vers les organes lymphoïdes.
3. Les cytokines
La migration des cellules vers le site inflammatoire nécessite linteraction
avec des molécules dadhésion exprimées au niveau
des cellules endothéliales. Certaines cytokines peuvent induire lexpression
de ces molécules dadhésion ainsi que la production de chimiokines.
Ainsi, le GM-CSF et le TNF-a peuvent induire in vitro la migration de cellules de Langerhans alors que lIL-1b, lIL-2, lIL-10, lIL-12 et lIFN-g nont aucun effet sur leur migration. Au contraire, lIL-4 inhibe la migration des cellules de Langerhans de façon dose-dépendante, mais peut également inhiber la migration induite par le GM-CSF et le TNF-a. Cet effet de lIL-4 est lié à une diminution de lexpression du récepteur pour le TNF-, TNF-RII, à la surface de ces cellules [Takayama, 1999].
In vivo, leffet du TNF-a mais également de lIL-1b sur la migration de cellules dendritiques a également été montré. Linjection danticorps anti-TNF-a et anti-IL-1b par voie intrapéritonéale à des souris, avant une sensibilisation cutanée avec un allergène de contact, induit une diminution très importante du nombre de DCs dans les ganglions drainants [Cumberbatch, 1997].
LIL-16 (le ligand soluble du CD4) est également capable dinduire la migration des DCs. Produite par les cellules T activées, les DCs [Kaser, 1999] et les cellules B [Kaser, 2000], elle a été décrite comme attirant les lymphocytes T CD4+ et plus récemment les MDDC et les DCs du sang circulant in vitro [Kaser, 2000].
4. Les molécules dadhésion
Les DCs interagissent avec les cellules endothéliales (EC) du sang au
cours de leur recrutement depuis le sang vers les tissus. Pendant leur migration
des tissus où elles résident vers les voies lymphatiques afférentes,
les DCs interagissent avec la matrice extracellulaire (ECM) et les cellules
endothéliales des vaisseaux lymphatiques.
Les étapes initiales dadhérence primaire ou rolling et dadhésion ferme des DCs sur lendothélium font intervenir les sélectines. Les DCs cutanées expriment le CLA (cutaneous lymphocyte-associated antigen), un ligand de la E-sélectine, et les DCs du sang expriment le sialyl Lewis X, ligand de la E- et de la P-sélectine [Hart, 1997] [Robert, 1999]. Ladhésion ferme à lendothélium, précédant létape de diapédèse (ou transmigration), fait intervenir les intégrines, les ICAMs ou les molécules de la superfamille des immunoglobulines.
Une fois traversé lendothélium, elles doivent traverser la ECM. Cette migration requiert des interactions entre les constituants de la matrice (collagène, fibronectine) et des intégrines de la famille b1. Les DCs expriment certains membres de cette famille (a1 à a8, av). Lintégrine a6b1, permettant la fixation à la laminine, est nécessaire à la migration des cellules de Langerhans depuis la peau vers les ganglions lymphatiques [Price, 1997]. VLA-4 (a4b1) intervient entre autre dans la fixation des DCs aux cellules endothéliales et à la fibronectine [D'Amico, 1998] et est exprimé par les DCs pulmonaires [Henderson, 1997].
5. Les motifs CpG
Les séquences CpG (Cytosine-Guanosine) sont des motifs immunostimulateurs
présents dans lADN bactérien, et leur présence dans
des plasmides contribue à générer une réponse immune
lors de vaccination par ADN. Linjection intradermale doligonucléotides
contenant des CpG dans loreille de souris induit une diminution locale
du nombre de cellules de Langerhans CD11c+ Ia+ dans les 2 heures. Sur le plan
phénotypique, cette migration induite par les CpG saccompagne dune
forte augmentation dexpression dICAM-1 et dune baisse dexpression
de E-cadhérine et des intégrines a6 [Ban, 2000]. De plus, linjection
de ces motifs CpG dans des explants de peau peut également provoquer
la migration des cellules de Langerhans hors de la peau.
IV. Maturation des DCs
Une avancée majeure dans la compréhension du rôle de la DC a été faite lors de la découverte que des DCs isolées à partir de tissus capturaient efficacement lantigène mais étaient de faibles stimulatrices de cellules T. En effet, il a été observé quaprès une nuit dincubation avec un antigène, les DCs sont incapables de recapturer lantigène, mais deviennent de très bonnes stimulatrices de cellules T [Schuler and Steinman, 1985] [Romani, 1989]. Lensemble de ces observations peut être le reflet de ce qui se passe lorsque les DCs immatures dans les organes périphériques rencontrent lantigène, le capturent, deviennent matures et migrent vers les organes lymphoïdes secondaires pour le présenter aux cellules T. Ceci correspond au processus de maturation de la DCs. Cette maturation peut être induite par une grande variété de stimuli tels que des composés bactériens, de lARN double brin dorigine virale, des cytokines de linflammation [Sallusto, 1995b] [Cella, 1999b]. Lengagement du CD40 (sur les DCs) par le CD40 ligand (sur les cellules T) et laction de cytokines telles que le TNF-a, lIL-1b et le GM-CSF peuvent conduire à la maturation de la DC [Caux, 1994] [Sallusto and Lanzavecchia, 1994].
La maturation des DCs saccompagne dun certain nombre de modifications phénotypiques et fonctionnelles :
- Une augmentation de lexpression des molécules du CMH de classe II. Les DCs immatures possèdent de grandes capacités de synthèse de nouvelles molécules du CMH [Kampgen, 1991]. En labsence de stimuli de maturation, peu de molécules sont exprimées à la surface de la cellule et, de ce fait, peu dantigène se retrouve à la surface des DCs immatures. Du fait de labsence de clivage de la chaîne invariante Ii par la cathépsine S, elles saccumulent dans les lysosomes ou elles sont détruites suite à un recyclage inefficace [Pierre and Mellman, 1998]. En présence de stimuli inflammatoires (TNF-a, LPS, antigène), la synthèse des molécules du CMH de classe II augmente, conduisant à une expression plus stable des complexes peptides-CMH de classe II à la surface des DCs [Pierre and Mellman, 1998] [Pierre, 1997]. Lors de la phase finale de maturation, les DCs perdent leur capacité de biosynthèse et le compartiment MIIC (où se fait la maturation des molécules de classe II) se vide en molécules du CMH de classe II. Ainsi, après avoir collecté des peptides immunogènes en périphérie, les DC les présentent aux cellules T spécifiques dans les organes lymphoïdes secondaires [Watts, 1997].
- Une augmentation dexpression des molécules costimulatrices nécessaire pour une activation et une différenciation efficaces des cellules T naïves. Ainsi, de nombreux stimuli inflammatoires tels que des bactéries, le LPS ou des haptènes [Aiba, 1997] conduisent à une augmentation dexpression de certaines molécules costimulatrices (CD80, CD86, CD40) (voir paragraphe : Interactions des cellules dendritiques avec les cellules T).
V. Interactions des cellules dendritiques avec
les cellules T
1. Généralités
La capacité à stimuler les cellules T CD4+ naïves est une
fonction primordiale des DCs, à la fois in vivo et in vitro. Linjection
de DCs pulsées in vitro avec des antigènes solubles permet dinduire,
chez la souris, une réponse spécifique [Inaba, 1990]. In vivo,
les cellules T primées par les DCs sont capables d'interagir avec les
cellules B et stimulent la production d'anticorps spécifiques de l'antigène
[Sornasse, 1992]. Cette réponse résulte de l'interaction entre
DCs et cellules T et suggère une présentation antigénique
directe par les cellules dendritiques pulsées [Ingulli, 1997].
Les DCs sont également importantes dans la stimulation des CD8+ naïves. Les DCs ont souvent besoin de cellules T CD4+ pour stimuler les cellules T cytotoxiques. Cependant, il semble que même en labsence de cellules T helper, les DCs soient quand même capables de stimuler la prolifération de cellules CD8+ allogéniques [Inaba, 1987], [Young and Steinman, 1990] [McCoy, 1999]. Les DCs peuvent également générer des cellules T cytotoxiques spécifiques de l'antigène à partir de précurseurs naïfs [Mehta-Damani, 1994]. Chez la souris, de fortes réponses cytotoxiques peuvent être obtenues suite à l'injection de DCs pulsées avec un antigène [Takahashi, 1993], transfectées avec de l'ADN ou de l'ARN [Ashley, 1997].
L'interaction entre DCs et cellules T se fait dans les zones T-dépendantes des ganglions lymphatiques drainants, après que la DC ait capturé l'antigène et qu'elle soit devenue mature (figure 4). Dès leur arrivée dans le ganglion, les DCs produisent des chimiokines actives sur les cellules T naïves (MIP-3b, DCCK) mais également sur les cellules T quiescentes (TARC, MDC). Ainsi, le recrutement rapide de nombreuses cellules T permet une stimulation efficace des cellules spécifiques de lantigène.
Figure 4 : Cibles cellulaires des chimiokines. Ce schéma est basé sur des données in vitro.
2. Les molécules d'adhésion
La manière dont le contact initial entre DCs et cellules T non activées,
nécessaire à l'activation des cellules T, est établi et
régulé reste encore peu connu. Les différentes observations
faites depuis les années 70 [Steinman and Cohn, 1973; Steinman, 1974]
ont permis délucider les mécanismes dadhésion
controlant linteraction entre DCs et cellules T. Depuis lobservation
que les cellules T peuvent former ds rosettes autour des DCs, de nombreuses
expériences ont montré l'importance des molécules d'adhésion
dans cette interaction.
La reconnaissance de l'antigène présenté par les cellules présentatrices d'antigène professionnelles par les cellules T nécessitent la formation de jonctions spécialisées entre ces cellules, rendue possible grâce à un recrutement de récepteurs spécifiques au niveau de la zone de contact [Monks, 1998] [Grakoui, 1999]. Les cellules T non activées peuvent interagir avec les DCs portant l'antigène par le biais de molécules d'adhésion telles que ICAM-3, LFA-1 et CD2 avec leur ligand respectif DC-SIGN, CD54 et LFA-3. Pendant longtemps, il était dit que la première interaction faisait appel aux molécules d'adhésion LFA-1 et CD2 exprimées par les cellules T et fournissait une stabilité qui facilitait l'engagement du TCR [Shaw, 1986]. Cependant, une étude très récente rapporte que l'interaction entre DC-SIGN et ICAM-3 aurait lieu avant même les interactions médiées par LFA-1 ou CD2 [Geijtenbeek, 2000].
3. Interaction Peptide-TCR/CMH de classe II
Le TCR est une structure complexe qui détermine la réactivité
de la cellule T à un antigène. La capacité des DCs à
stimuler les cellules T est due au fait quelles expriment à leur
surface un nombre de produits du CMH et de complexes peptides-CMH 10 à
100 fois plus élevé que les autres cellules présentatrices
d'antigènes comme les cellules B et les monocytes [Inaba, 1997].
In vitro, la stimulation sélective de la cellule T est maintenue aussi longtemps que les cellules T sont en contact avec les cellules présentatrices d'antigène, mais cesse immédiatement après élimination de lantigène [Valitutti, 1995] [Valitutti and Lanzavecchia, 1997]. La durée de stimulation conditionne le niveau d'activation des cellules T, leur différenciation et leur mort [Lanzavecchia, 1999]. Pour les cellules T naïves, la cascade des événements induits par le TCR peut être amplifiée si l'engagement des molécules costimulatrices (CD28) a lieu. En effet, la stimulation du CD28 conduit au recrutement de microdomaines membranaires contenant des kinases et des adaptateurs, permettant d'atteindre plus rapidement le seuil d'activation [Iezzi, 1998] [Vieira, 2000]. Les cellules T activées, effectrices ont un seuil d'activation plus bas que les cellules T naïves car les éléments de la machinerie sont déjà complètement assemblés [Cai, 1997] [Bachmann, 1999]. Une stimulation du TCR de courte durée (moins de 30 minutes) en absence d'engagement de CD28 peut suffire [Valitutti, 1996].
Après la première division mitotique, les cellules T activées se divisent toutes les dix heures environ sous linfluence de la stimulation du TCR et de cytokines, se différencient progressivement et acquièrent la capacité à produire des cytokines effectrices [Gett and Hodgkin, 1998] [Burd, 1995].
4. Les molécules costimulatrices
Les DCs qui ont migré depuis la périphérie expriment des
molécules costimulatrices telles que CD80 et CD86 qui interagissent directement
avec le CD28 exprimé par les cellules T. Les molécules CD80 et
CD86 participent à l'orientation de la réponse immune vers un
profil Th1 et Th2, respectivement [Kuchroo, 1995]. Ainsi, l'expression de CD86
est augmentée à la surface des cellules B de patients allergiques
et à la surface de cellules de Langerhans dans des peaux de patients
atteints de dermatite atopique. De plus, dans un modèle murin de réaction
allergique, une abolition des paramètres de la réaction allergique
(réponse IgE, réaction inflammatoire et hyperréactivité
bronchique) est obtenue après linjection d'anticorps anti-CD86
[Haczku, 1999]. CD80, en revanche, semble plutôt être associé
à un profil Th1 et son expression est augmentée sur les DCs interagissant
avec des antigènes de mycobactéries (pathologie médiée
par les cellules Th1).
VI. Polarisation de la réponse immune
Après leur arrivée dans les ganglions lymphatiques drainants, les DCs sont capables de présenter directement les antigènes aux cellules T naïves, et donc de déterminer l'orientation de la réponse cellulaire T. De nombreux facteurs interviennent dans ce processus de polarisation Th1/Th2 (Figure 10).
1. L'antigène
Les DCs peuvent produire de LIL-12, cytokine favorisant le développement
dune réponse Th1, en fonction de la nature de lantigène.
Ainsi, des produits microbiens sont capables d'induire une réponse Th1
en stimulant la production d'IL-12p70 active, par le biais de récepteurs
exprimés par les DCs [Hilkens, 1997]. Cependant, le fait que des DCs
exposées à des facteurs d'origine microbiennes favorise préférentiellement
une réponse Th1 est discuté. En effet, les microbes ont besoin
d'autres facteurs tels que l'IFN-g pour induire une
production stable d'IL-12 par les DCs [Vieira, 2000]. De plus, après
activation des DCs par le LPS, les MDDC produisent de façon transitoire
lIL-12 et deviennent ensuite incapable de produire de l'IL-12 même
après une stimulation par le CD40 exprimé par les cellules T.
Dans les premieres heures suivant la stimulation par le LPS, les DCs induiraient
de fortes réponses Th1 puis, à des temps plus tardifs, les mêmes
cellules favorisent des réponses Th2 [Langenkamp, 2000]. En revanche,
la toxine du choléra, puissant adjuvant mucosal, induit la maturation
des DCs et inhibe la production d'IL-12 et par conséquent orientent les
cellules T naïves vers un profil de type Th2 [Gagliardi, 2000]. Limportance
de la nature de lantigène a également été
mis en évidence avec Candida albicans. En effet, la forme levure intracellulaire
favorise la production d'IL-12 par les DCs et une réponse Th1. Par conter,
la forme filamenteuse inhibe la production d'IL-12 et favorise la production
d'IL-4 par les cellules T [d'Ostiani, 2000].
2. Modalités dinteraction entre DCs et cellules T
a. L'interaction Peptide-CMH/TCR
La polarisation vers le profil Th1 ou Th2 semble dépendre de linteraction
entre DCs et cellules T, en particulier de la durée de la stimulation
du TCR [Iezzi, 1998]. Ainsi, en présence d'IL-12, une stimulation de
courte durée induit une polarisation Th1, l'IL-12 exerçant son
effet pendant et après la stimulation du TCR. La polarisation Th2 quant
à elle, requiert un temps de stimulation plus prolongé.
b. Le ratio DCs/cellules T
Le ratio DCs/cellules T est aussi important dans l'orientation de la réponse
immune. Ainsi, lorsque le ratio DCs/T est faible, une polarisation vers le profil
Th2 est obtenue malgré la presence d'IL-12 [Tanaka, 2000].
3. Les molécules de costimulation
Les molécules costimulatrices exprimées par les DCs sont importantes
dans l'interaction avec les cellules et jouent un rôle dans la balance
Th1/Th2. Outre CD80 et CD86 qui peuvent orienter la réponse immune respectivement
vers un profil Th1 et Th2, d'autres molécules telles que CD40, les ligands
de OX40 (OX40-L) et de ICOS (ICOS-L) semblent aussi importantes. Il est clair
que l'engagement du CD40 (à la surface des DCs) par le CD40L (sur les
cellules T) conduit à une surproduction d'IL-12 par les DCs [Cella, 1996]
[Koch, 1996] et entraîne une réponse Th1.
OX40 est une molécule appartenant à la superfamille des récepteurs au TNF (TNF-R). Son ligand (OX40-L) est exprimé par les cellules présentatrices d'antigène telles que les DCs [Ohshima, 1997] et est inductible, suite à l'engagement du CD40, sur des DCs plus matures [Ohshima, 1997]. OX40 semble associé à la production de cytokines Th2. La ligation de OX40 de cellules CD4+ naïves, provenant de sang de cordon et activées par des anticorps anti-CD3 et anti-CD28, augmente la production d'IL-4 permettant ainsi le développement en cellules T effectrices produisant de grandes quantités des cytokines Th2 [Ohshima, 1998]. De plus, des souris OX40-/- sensibilisées à lovalbumine et réexposées à des aérosols de cet antigène montrent une réponse Th2, une réaction inflammatoire pulmonaire et une HRB fortement diminuées [Jember, 2001].
En ce qui concerne ICOS, une molécule inductible apparentée à CD28, elle posséde des fonctions de costimulation des cellules T in vitro [Hutloff, 1999]. La neutralisation de ICOS avec des molécules chimères ICOS-Ig contribue à réduire l'expansion des cellules T stimulées avec un superantigène. De plus, comme lattestent certaines expériences de neutralisation, ICOS serait plus impliquée dans la production dIL4 [Gonzalo, 2001]. Finalement, son ligand, B7RP-1 a été caractérisé récemment chez l'homme et est exprimé par les DCs [Yoshinaga, 2000].
4. Rôle des sous-populations de DCs
Récemment, il a été suggéré que différentes
populations de DCs pouvaient induire une réponse soit de type Th1 soit
de type Th2, et ont été appelées respectivement DC1 et
DC2 [Reid, 2000] [Rissoan, 1999]. Daprès la première description,
les DCs dérivées de monocytes (c'est à dire d'origine myéloïde)
sont des DC1 et induisent des réponses Th1 dépendantes de l'IL-12.
Les DC2 dérivées de précurseurs plasmacytoïdes (c'est
à dire d'origine lymphoïdes) CD11c- CD123+ (IL-3R) induiraient préférentiellement
des réponses Th2 dépendantes de l'IL-4 [Cella, 1999a]. Chez la
souris, les DCs peuvent être sub-divisées en sous-types en fonction
de leur niveau dexpression de CD4 et de lhomodimère CD8a.
Les DCs CD8a+ sont issues de précurseurs lymphoïdes et induisent
la sécrétion de grandes quantités dIFN-g
et pas de cytokines Th2. Au contraire, les DCs CD8a- plutôt dorigine
myéloïde induisent la production de grandes quantités dIL-4
et dIL-10, cytokines Th2 en plus de lIFN-g
et de lIL-2 [Pulendran, 1999].
Cependant d'autres études semblent indiquer que les MDDC peuvent à la fois induire un effet Th1 ou Th2. Les MDDC sont sub-divisées en sous-populations CD1a+ et CD1a- induisant respectivement des réponses Th1 et Th2. Bien que ces deux sous-populations expriment des niveaux similaires de molécules costimulatrices, la production d'IL-12 est complètement absente chez la population CD1a-, même après une stimulation par un anti-CD40, du LPS ou de l'IFN-g [Chang, 2000].
5. Les cytokines polarisant la réponse
immune
(Voir chapitre I).
VII. Cellules dendritiques et réaction
allergique
1. Les modèles animaux
Chez le rat, la majorité des cellules exprimant les molécules
du CMH de classe II dans le poumon sont des DCs interstitielles ou des voies
aériennes [Holt and Stumbles, 2000].
Les DC interstitielles sont localisées dans les parois alvéolaires, sont quasi immobiles et présentent un turnover lent [Kradin, 1993]. Bien que ces DCs soient capables de capturer de lovalbumine administré à lanimal par nébulisation, de le dégrader en peptides immunogènes et de les présenter in vitro aux cellules T, leur capacité de présentation antigénique peut être inhibée in vivo par des médiateurs sécrétés par les macrophages alvéolaires situés à proximité des DCs interstitielles [Holt, 1993] [Bilyk and Holt, 1993]. De plus, ces DCs étant peu mobiles, il est fort probable quelles ne puissent contribuer à linduction dune réponse immunitaire primaire vis à vis dantigènes inhalés.
Les DCs dites des voies aériennes résident à proximité de lépithélium basal et constituent un réseau important pour la capture des antigènes se déposant dans les voies aériennes [Nelson, 1994]. Leur nombre est augmenté dans les voies aériennes en réponse à des aérosols dallergène ou à des stimuli inflammatoires non-spécifiques (LPS, virus). Leur recrutement depuis le sang fait intervenir certaines chimiokines (MIP-3a, RANTES) [McWilliam, 1994; McWilliam, 1996]. Récemment, il a été montré, en absence dinflammation, que des DCs des voies aériennes ayant capturé des molécules de dextran marqué au FITC pouvaient migrer rapidement vers les zones T des ganglions drainants [Vermaelen, 2001].
Lactivation des cellules T in vivo est un phénomène difficile à mettre en évidence du fait du faible nombre de cellules antigène-spécifiques dans les ganglions lymphatiques. Afin de démontrer lactivation des cellules T par les DCs des voies aériennes, Lambrecht et al ont administré par voie intra-trachéale des DCs pulsées avec lantigène MCC (moth cytochrome c) à des souris naïves dont les cellules T expriment un TCR spécifique pour cet antigène, et ont observé le développement dune réponse primaire. Après une migration rapide et sélective vers le ganglion médiastinal (drainant le poumon), les DCs interagissent avec les cellules T qui prolifèrent dès les 48 heures suivant ladministration intra-trachéale des DCs. Cette étude conforte lidée que la réponse primaire peut être compartimentalisée [Vermaelen, 2001] [Lambrecht, 2000a; Lambrecht, 2000b]. Signalons que des résultats similaires ont été obtenus après injection intra-trachéale de DCs pulsées avec de lovalbumine à des souris transgéniques (DO11.10) dont les cellules T expriment un TCR de haute affinité pour lovalbumine [Lambrecht, 2000a; Lambrecht, 2000c]. De plus, dans ce modèle, une réexposition des souris ayant reçu des DCs pulsées à lovalbumine à des aérosols dovalbumine conduit (i) au développement dune réaction inflammatoire pulmonaire caractérisée par un infiltrat peribronchique et perivasculaire de cellules T, de cellules mononucléées et déosinophiles, (ii) à une production de cytokines essentiellement de type Th2.
Dans ces modèles, il a été mis en évidence un certain nombre de facteurs contribuant à la réponse Th1/Th2. Outre les molécules costimulatrices déjà évoquées, signalons que ces modèles ont souligné limportance de lIL-12p70 (biologiquement active) [Moser and Murphy, 2000]. Cette cytokine est nécessaire pour induire la production dIFN-g par les cellules de système immunitaire inné (comme les cellules NK) et le développement dune réponse Th1 conduisant à labsence de réponse dhypersensibilité retardée chez des souris déficientes en IL-12 [Magram, 1996]. Bien que labsence dIL-12 puisse favoriser le développement de réponses Th2, dautres cytokines comme lIL4 et lIL-13 semblent également contribuer à la mise en place de ce type de réponse (cf. paragraphe cytokines Th1/Th2).
Finalement, ces modèles ont permis de constater que lexposition à des allergène s accompagne dun recrutement de DCs dans les poumons, [Lambrecht, 1999] et de leurs précurseurs médullaires, suggérant que le recrutement des DCs vers les voies aériennes saccompagne dune production accrue de ces précurseurs. Enfin, afin dévaluer le rôle des DCs dans le développement de léosinophilie pulmonaire caractéristique de la réaction inflammatoire, une déplétion des DCs a été réalisée dans des souris transgéniques où les DCs expriment le gène suicide thymidine kinase [Lambrecht, 1998]. Un traitement au ganciclovir (antiviral) élimine totalement les DCs des voies aériennes et abolit tous les paramètres de la réaction allergique.
2. Chez lhomme
La capacité à développer une réaction allergique
dépend de facteurs génétiques et de facteurs liés
à lenvironnement.
Un déficit de production dIL-12 a été décrit dans les monocytes (précurseurs de DCs) des patients atteints de dermatite atopique ou dasthme allergique [van der Pouw Kraan, 1997]. Dautres données récentes ne montrent aucune différence dans la production dIL-12 par des DCs dérivées de monocytes de patients atopiques et non atopiques [Bellinghausen, 2000].
Un autre facteur déterminant dans lorientation de la réponse immune pourrait être la nature de lexposition aux allergènes. Ainsi, des inhalations répétées dallergène à faible dose pourrait réduire le nombre de DCs migrant vers les ganglions drainants, conduisant à des ratio DCs/cellules T faibles, une condition connue pour favoriser une réponse Th2 [Tanaka, 2000].
Un nombre important de DCs CD1a+ est retrouvé dans la muqueuse nasale de patients atteints de rhinite allergique, dans la peau lésée de patients présentant une dermatite atopique et dans lépithélium bronchique de patients avec un asthme allergique stabilisé [Holm, 1995] [Wollenberg, 1995] [Moller, 1996] [Bertorelli, 2000] [Bellini, 1993]. Après inhalation dallergène, des patients atteints de rhinite allergique présentent un recrutement de DCs intra-épithéliale CD1a+ et de DCs plasmacytoïdes CD4+ CD123+ CD11c- CD1a- (DC2) [Godthelp, 1996] [Jahnsen, 2000]. Ces DC2 expriment peu de L-sélectine et saccumulent avec des cellules T naïves au niveau de lassise endothéliale des vaisseaux. De plus, ces DC2 ne sont pas retrouvées dans les polypes nasaux ou dans dautres lésions de la muqueuse nasale, suggérant que ce type cellulaire serait spécifiquement associé à la rhinite allergique [Jahnsen, 2000].
La fonction des DCs issues de patients allergiques ou de sujets normaux a été étudiée in vitro. Les MDDC immatures de patients asthmatiques expriment plus de HLA-DR et semblent montrer des capacités de stimulation allogéniques plus importantes que les DCs de sujets non allergiques, bien que ces observations aient été discutées [Bellinghausen, 2000].
En ce qui concerne les capacités de stimulation syngéniques, des MDDC de donneurs allergiques pulsées avec lallergène adéquat (Der p 1, Bet v 1) et mises en contact de cellules T autologues naïves ou mémoires induisent préférentiellement la production de cytokines Th2 malgré une production dIL-12 comparable à celle observée chez les sujets sains [Bellinghausen, 2000] [Sung, 1999] [De Wit, 2000]. Chez lallergique, laddition dIL-12 dans le milieu de culture induit lapparition dune population de cellules T productrices dIFN-g sans affecter les cellules T productrices dIL-5. En revanche, laddition danticorps anti-IL-12 réduit la production dIFN-g sans affecter la production dIL-4.
Ces données suggèrent que les DCs peuvent induire efficacement la production de cytokines Th2 par les cellules T allergène-spécifiques, et contribuer ainsi au maintien de la réaction allergique [Lambrecht, 2000b].
Les DCs semblent donc importante dans létablissement de réponses Th2. Pour des raisons éthiques évidentes, la plupart des études chez lhomme ne peut être réalisée quin vitro, limitant ainsi les études approfondies sur les mécanismes de lasthme. Afin de pallier à cette limite expérimentale, il apparaît intéressant de pouvoir utiliser les souris SCID « humanisées », modèle détude pré-humain , alliant des cellules humaines à un environnement physiologique facilement manipulable et permettant dappréhender les différentes phases de la réaction allergique humaine.
La souris SCID présente de nombreuses anomalies histologiques : une lymphopénie,
une medulla thymique atrophiée, des follicules spléniques et des
ganglions lymphatiques relativement vides. Les cellules lymphoïdes réparties
dans ces sites sont en nombre restreint et souvent immatures. Les autres types
cellulaires quantitativement et qualitativement identiques à ce qui est
observé chez des souris sauvages. La moelle osseuse, quant à elle,
apparaît normale.
I. Anomalies immunologiques
Les anomalies immunologiques observées chez la souris SCID affectent
la différenciation des cellules T et des cellules B à létape
de la recombinaison des récepteurs à lantigène [Bosma,
1983]. Ainsi, la souris SCID ne possède pas de lymphocytes B et T matures
et fonctionnels. Les immunoglobulines sériques sont généralement
indétectables. Enfin, les réponses à un mitogène
des cellules T (Concanavaline A) et à un mitogène des cellules
B (Lipopolysaccharide ou LPS) sont très diminuées, et les réponses
prolifératives vis-à-vis de lymphocytes allogéniques (réaction
lymphocytaire mixte) sont absentes [Bosma, 1983].
Le défaut de différenciation lymphocytaire chez la souris SCID est causé par un système de recombinaison V(D)J défectueux. Chez les vertébrés, ce système régit les réarrangements de lADN génomique des cellules lymphoïdes immatures. Durant ce réarrangement, les régions variables des Ig et des récepteurs T sont créées par la juxtaposition des segments Variability (V), Diversity (D), et Junction (J). Ce mécanisme sappuie sur lexistence de séquences signal palindromiques conservées aux extrémités de chacun de ces segments [Blunt, 1995]. Si les souris SCID assurent correctement létablissement de cassures précises dans lADN double brin entre les séquences signal et les séquences codantes, elles sont en revanche incapables de former des jonctions codantes entre séquences codantes. Ceci provient du fait que la sous-unité catalytique de la protéine kinase ADN-dépendante (DNA-PKc), qui intervient aussi bien dans le système de recombinaison V(D)J que dans la réparation des dommages subits par lADN génomique, présente une mutation au niveau dun domaine très conservé et serait responsable du phénotype SCID [Blunt, 1996].
La mutation SCID est donc responsable dun défaut sévère qui rend la souris SCID tolérante aux greffes de cellules allo- ou xénogéniques. De telles reconstitutions permettent détudier in vivo de nombreux mécanismes cellulaires.
B. Modèles d'étude in vivo des
pathologies humaines
1. Développement dune réaction allergique chez la souris
De nombreux modèles murins qui reproduisent les caractéristiques
de l'asthme allergique humain ont été mis en place. Le plus souvent,
les animaux sont sensibilisés a un antigène associé à
un adjuvant (principalement lhydroxyde d'alumine). Les animaux sont ensuite
exposés au même antigène inhalé sous forme daérosols
ou administré par voie intranasale ou par voie intratrachéale.
Afin d'induire une réaction allergique avec une inflammation des voies aériennes associée à une éosinophilie pulmonaire, une production d'IgE spécifique et une hyperréactivite bronchique chez des souris, l'un des antigènes les plus couramment utilises a été l'ovalbumine [Brusselle, 1994] [Foster, 1996]. Très peu détudes ont utilisées des aéroallergènes responsables de manifestations allergiques chez lhomme tels que lIvraie (graminée) dans ces modèles murins d'asthme [Renz, 1995]. Les acariens de la poussière de maison ont été peu utilisés en tant qu'agent sensibilisant [Hsiue, 1997] [Duez, 1996]. Utilisés au départ sous forme dextraits, de nouveaux modèles faisant intervenir des allergènes d'acariens purifiés (Der p 1 ou Der f 1) ayant un véritable intérêt clinique ont été développés [Clarke, 1999] [Lee, 1999].
2. La souris SCID greffée avec des organes humains
La greffe dorganes humains (SCID-hu mouse) ou de cellules mononucléées
du sang périphérique (Hu-PBMC SCID mouse) permet de disposer dun
modèle in vivo détude du système hématolymphoïde
humain.
La souris SCID (SCID-hu) peut être humanisée par l'implantation chirurgicale d'organes hématolymphoïdes humains tels que de la moelle osseuse, du thymus ftal ou du foie foetal [McCune, 1988] et présente l'avantage qu'un microenvironnement stromal humain est co-transferré. Ceci semble être important dans les processus hématopoïétiques pour lesquels la souris SCID est couramment utilisée [Vandekerckhove, 1992]. Apres implantation, les greffes de moelle osseuse deviennent vascularisées, le microenvironnement stromal persiste et une hématopoïèse humaine active peut être observée pendant des mois [Kyoizumi, 1992]. La souris SCID-hu est plus capable de générer des réponses immunes primaires que les modèles de souris SCID Hu-PBMC [Carballido, 2000]. D'autres tissus humains tels que le tissu synovial [Rendt, 1993] [Mima, 1995] [Klimiuk, 1999], la peau [Fahy, 2001] ou encore lépithélium respiratoires [Delplanque, 2000] ont également été transplantés pour étudier les pathologies correspondantes.
3. Souris SCID greffées avec des cellules humaines
a. Mise en place du chimérisme chez les souris
SCID greffées
La manière la plus fréquente pour obtenir un modèle chimère
homme-souris implique l'injection de cellules mononucléées humaine
dans la cavité péritonéale de souris SCID [Mosier, 1988].
Bien que la reconstitution par voie intrapéritonéale est la modalité
la plus couramment utilisée, d'autres voies d'accès comme la voie
intra-veineuse [Martino, 1993] ont également été utilisées.
Chez des souris SCID naïves, le chimérisme évolue en deux phases [Tary-Lehmann, 1995].
Pendant les trois premières semaines suivant la greffe, une fraction des cellules injectées survit et est immunologiquement fonctionnelle. La plupart des cellules injectées peuvent être détectées dans la cavité péritonéale des souris, bien que le nombre de cellules humaines diminue de façon considérable [Hoffmann-Fezer, 1992]. Environ un mois plus tard, les cellules humaines sont présentes dans d'autres organes (foie, rate, poumons), la plupart exprimant des marqueurs de cellules T et très peu de marqueurs de cellules B. Les cellules T humaines dans la souris sont soit CD4+ soit CD8+ et présentent une hétérogénéité clonale (selon l'expression du gène codant pour la partie variable (V) du récepteur des cellules T (TCR)) [Tary-Lehmann, 1994]. Les macrophages et les cellules accessoires sont par contre difficilement détectables. Un autre fait important est quil semble que les cellules murines naïves survivent plus longtemps dans la souris SCID après transplantation que les cellules T humaines naïves. Toutes les cellules T humaines retrouvées dans les souris chimères expriment le phénotype CD45RO 3 semaines après la greffe [Tary-Lehmann and Saxon, 1992], même après l'injection de cellules de sang de cordon où plus de 90% des cellules T sont naïves CD45RA [Martensson, 1994]. Au niveau fonctionnel, les cellules T mémoires réactives à l'antigène de rappel entrent dans un état d'anergie ou meurent si elles ne sont pas restimulées de façon appropriée par des cellules présentatrices d'antigène. L'état d'anergie caractérisé par un défaut de réponse aux cytokines des cellules T humaines spécifiques de l'antigène dans la souris SCID peut être supprimée in vitro par l'addition d'antigène et des cellules présentatrices d'antigène [Jarman, 2000]. Des données expérimentales récentes suggèrent qu'une réponse de type primaire peut être induite dans des souris SCID humanisées si elles sont injectées avec des cellules dendritiques préalablement pulsées avec un antigène [Coccia and Brams, 1998] [Santini, 2000]. De manière générale, dans ce modèle chimère homme-souris, la stimulation précoce de la greffe humaine avec l'antigène d'intérêt est requis pour le développement d'un réponse secondaire humaine antigène-spécifique [Carlsson, 1992] [Martensson, 1994] [Tary-Lehmann, 1995] [Albert, 1997]. Ces réponses humorales dépendant des cellules T et des cellules B nécessitent la participation du couple de molécules de costimulation CD40/CD40L [Chen, 1995].
La deuxième phase du chimérisme dans les souris SCID humanisées est caractérisée par la dissémination des cellules T humaines proliférant suite à la stimulation par l'antigène [Tary-Lehmann and Saxon, 1992]. Cette prolifération des cellules humaines survient tardivement (environ deux mois après la reconstitution avec les cellulses). L'activité anti-murine de la greffe conduit, chez des souris SCID non traitées, à une réaction de hôte contre greffon (Host Versus Graft Disease) limitant la prise de la greffe par le système immunitaire inné de la souris SCID. C'est pourquoi de nombreuses stratégies ont été développées pour limiter les rejets de greffes humaines par les souris. La cellule NK murine semble être importante dans le processus de rejet et a été la cible de nombreux groupes de recherche pour augmenter les chances de réussite des greffes. La réduction de l'activité des cellules NK peut être obtenue de diverses façons, soit par l'injection d'anti-asialo-GM1 très utilisé dans les modèles de souris SCID reconstituées avec des cellules mononucléées humaines [Shpitz, 1994] [Albert, 1997] [Somasundaram, 1995], soit par deux autres anticorps anti-NK : l'anti-CD122 (chaîne b du récepteur pour l'IL-2 reconnu par l'anticorps TM-b1) ou l'anti NK-1.1 (seulement chez la souris SCID avec un fond génétique C57BL/6) [Ehl, 1996] testés avec succès dans des souris SCID reconstituées avec des cellules tumorales humaines [Kondo, 1993] [Christianson, 1996].
b. Souris SCID et réaction allergique
L'une des premières indications pour que la souris SCID puisse être
utilisée pour l'étude des pathologies allergiques vient du fait
quaprès reconstitution avec des cellules humaines, une production
dimmunoglobulines humaines de divers isotypes en particulier IgE peut
être détectée dans leur sérum [Saxon, 1991]. La reconstitution
des souris SCID avec des cellules mononucléées de patients allergiques
(avec des taux sériques d'IgE élevés) mais pas de sujets
sains conduit à une production accrue d'IgE humaine dans le sérum
des souris SCID 2 à 3 semaines après la greffe de cellules [Ito,
1992]. Dans cette étude, il a été montré que les
cellules T humaines CD4+ étaient très impliquées dans la
production d'IgE puisque la déplétion de la greffe humaine en
cellules CD4 entraînait une absence de synthèse d'IgG et d'IgE
humaines. A l'inverse, la déplétion en cellules CD8+ était
associée à une augmentation de la synthèse d'IgE . Ces
données sont intéressantes car des modèles in vivo de réaction
allergique induite par l'ovalbumine ont également suggéré
un rôle suppresseurs des cellules CD8+ [Thomas, 1999] [Renz, 1994] alors
que des études menées in vitro sur des cellules mononucléées
humaines obtenues à partir de patients allergiques ont suggéré
un rôle synergique des cellules CD4+ et CD8+ dans la stimulation de la
production d'IgE [Akdis, 1999] [Yanagihara, 1999].
Des IgE spécifiques d'allergènes tels que Der p 1 et Lol p 1 ont ég